mis à jour le

RDC: le Musée du Kivu, la "petite kabila" et autres trésors de sagesse

Perchée sur son étagère, la "petite kabila" vous regarde de ses yeux mystérieux: bienvenue au Musée du Kivu, joyau peu connu perpétrant la mémoire d'une sagesse traditionnelle congolaise aujourd'hui en voie de disparition.  

Cette statuette de femme assise sur ses talons et tenant dans ses mains une sorte de jarre figurait autrefois sur tous les billets de 10 francs congolais, coupure qui n'a plus cours aujourd'hui.

C'est Laurent-Désiré Kabila lui-même, père de l'actuel président congolais Joseph Kabila, qui avait tenu à ce qu'elle soit ainsi représentée, assure Barthélémy Kayumba, animateur de ce musée caché derrière les murs de la procure des pères xavériens (missionnaires catholiques d'inspiration jésuite) à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo.

En langue luba, "kabila signifie partage, distribution", et chez les Luba, ethnie du sud-est du pays dont est issu le chef de l'Etat, la statuette avait "une fonction d'entraide et de solidarité", ajoute M. Kayumba.

"Pour Kabila Père", chef rebelle qui mit fin en 1997 à 32 années de dictature de Mobutu Sese Seko, "elle avait une valeur symbolique", explique-t-il : "Le chef, ou la mère, doit s'occuper des plus faibles et prêter attention aux plus petits."

La "petite kabila" est une copie, comme nombre de pièces du musée en l'absence des pièces d'origine dont on ignore souvent le sort.

Mais les xavériens, dont les premiers prêtres sont arrivés dans le pays en 1954, ont également amassé beaucoup de pièces authentiques : des objets "conçus en prévision d'une cérémonie", généralement l'initiation ou l'investiture d'un "mwami" (chef), explique le père Italo.

Au Congo depuis près de 40 ans, ce prêtre italien a bien connu le père André, à l'origine de la constitution du musée - et aujourd'hui en Europe pour des soins.

Le musée a ouvert ses portes au public en 2013 mais la recherche des pièces avait commencé dix ans plus tôt, alors que s'achevait la deuxième guerre du Congo (1998-2003).

 

- 'Objets sataniques' -

 

Pour le Sud-Kivu, la fin de cette guerre régionale africaine dont la RDC fut l'unique champ de bataille, n'a pas signifié le retour à la paix. Comme sa voisine du Nord-Kivu et d'autres zones de l'est du pays, la province reste déchirée par la violence de conflits armés alimentés par des milices congolaises ou étrangères.

Le musée a pu se constituer une collection de plusieurs centaines de statuettes, masques, fétiches... grâce à la coopération de chefs coutumiers des principales tribus du Sud-Kivu (Lega, Bembe, Shi et Buyu), à l'honneur par rapport aux autres ethnies du pays.

Ce sont eux qui ont légué la plupart des pièces authentiques, dont la plus vieille a sans doute une centaine d'années, indique M. Kayumba : "Il s'agissait de les mettre à l'abri" pour éviter qu'elles ne soient pillées par tel ou tel groupe armé.

De par la nature même de leur fonction, ces pièces étaient transmises de chef en chef. Certains d'entre eux étaient en possession d'un véritable trésor. Mais avec la colonisation belge (1908-1960) et l'arrivée des missionnaires catholiques, on a considéré un peu rapidement que "tout cela c'était de la sorcellerie" et on a demandé aux Congolais de "mettre cela de côté alors que c'était leur façon de vivre et qu'il y avait là une vraie école de sagesse", estime le père Italo.

Chez les Lega, par exemple, on ne devient pas chef de père en fils, comme dans beaucoup d'autres tribus, mais le conseil des anciens choisit parmi les initiés "celui qui porte le plus haut les valeurs morales", explique M. Kayumba.

Le musée est là "pour garder la mémoire collective d'un peuple" alors qu'elle "tend vers la disparition", dit le père Italo.

A l'extérieur de la procure xavérienne, rien n'indique la présence du musée. Encore peu connu, il attire néanmoins quelques milliers de visiteurs par an. La plupart d'entre eux viennent en groupes organisés par des écoles ou des paroisses.

"Beaucoup de gens s'étonnent que les pères venus les évangéliser abritent chez eux des objets +sataniques+", constate le père Italo.

Face à cette vision erronée des choses, le musée du Kivu a pour vocation d'amener les visiteurs à "prendre conscience" de leurs racines et "comprendre le sens et les valeurs de leur culture".

AFP

Ses derniers articles: Centrafrique: nouvelles violences  RDCongo: l'opposition dévoile son plan pour "le départ de Kabila"  Cédéao: objectif de trois enfants maximum par femme d'ici 2030 

Autres

AFP

Tchad: enlèvement d'un journaliste, intimidations envers deux autres

Tchad: enlèvement d'un journaliste, intimidations envers deux autres

AFP

Kenya: un policier en tue six autres avant d'être abattu

Kenya: un policier en tue six autres avant d'être abattu

AFP

Attentats : le suspect-clé Mohamed Abrini et quatre autres personnes arrêtés

Attentats : le suspect-clé Mohamed Abrini et quatre autres personnes arrêtés

musée

AFP

Art africain: le Musée Dapper ferme et devient nomade

Art africain: le Musée Dapper ferme et devient nomade

AFP

Obama inaugure un musée pour mieux comprendre l'histoire afro-américaine

Obama inaugure un musée pour mieux comprendre l'histoire afro-américaine

AFP

Au musée de l'histoire afro-américaine, de la fierté et des larmes

Au musée de l'histoire afro-américaine, de la fierté et des larmes