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Nigeria: le président en campagne, espère une victoire contre Boko Haram

Le président nigérian, candidat à sa réélection le 28 mars, a dit vendredi espérer que l'armée reprenne d'ici un mois toutes les localités occupées dans le nord-est par Boko Haram, ce qui constituerait une victoire décisive contre  les islamistes qui multiplient attentats et attaques depuis six ans.

Mais, selon les experts, ces déclarations pourraient se révéler prématurées, Boko Haram ayant prouvé, ces derniers jours, qu'il était encore capable de mener des attentats et raids sanglants en différents points.

"Je suis très optimiste: nous n'aurons pas besoin de plus d'un mois pour reprendre tous les territoires tombés entre leurs mains", a déclaré M. Jonathan à la BBC, dans une interview diffusée vendredi, avant d'ajouter que "Boko Haram s'affaiblit de jour en jour".

L'armée nigériane, très critiquée pour n'avoir pas contenu l'insurrection islamiste qui a fait plus de 13.000 morts en six ans, a annoncé des victoires sans précédent contre Boko Haram ces dernières semaines dans le nord-est.

Jusqu'ici, les soldats nigérians, mal équipés et peu motivés, étaient régulièrement accusés par les populations locales de fuir dès l'arrivée des assaillants, souvent mieux armés.

M. Jonathan a reconnu vendredi sur la BBC que les troupes manquaient de moyens jusqu'à présent.

L'opération militaire lancée en février avec le soutien du Tchad, du Cameroun et du Niger voisins, et avec l'aide de mercenaires étrangers, a permis, selon l'armée nigériane, de chasser les islamistes de deux des trois Etats où ils étaient présents dans le nord-est: Yobe et Adamawa.

L'Etat de Borno, fief historique de Boko Haram, le plus touché par l'insurrection, doit aussi être libéré "prochainement", selon l'armée. 

Plusieurs villes stratégiques telles que Bama et Dikwa, font partie des plus de 36 localités reprises, et seules trois villes sont toujours aux mains des insurgés, toujours selon les communiqués officiels.

 

- Urgence électorale pour Jonathan -

 

A mesure que s'amplifiait la campagne électorale, l'ancien général Muhammadu Buhari, principal rival de M. Jonathan à la présidentielle du 28 mars, l'a souvent critiqué pour sa mauvaise gestion de l'insurrection, et il a promis à maintes reprises qu'il agirait avec détermination contre les islamistes s'il est élu.

Pour Nnamadi Obasi, spécialiste du Nigeria au sein de l'International Crisis Group, M. Jonathan a agi dans l'urgence de peur de perdre l'élection face à M. Buhari.

Cela "a facilité la livraison et le déploiement de nouveaux équipements militaires, bien plus adaptés à des opérations de contre-insurrection" a-t-il déclaré à l'AFP.

Des haut-gradés ont notamment été envoyés sur le front, ainsi que des forces spéciales. Des mercenaires étrangers --sud-africains pour la plupart -- sont également intervenus, rappelle M. Obasi.

Autre élément déterminant, "l'offensive des forces armées des pays voisins qui a permis de prendre le dessus sur les insurgés".

Pour Mark Schroeder, de la société de consultants Stratfor, si l'annonce d'une victoire contre Boko Haram juste avant le scrutin s'inscrit dans une logique électoraliste évidente pour M. Jonathan, "le risque encouru est que l'insurrection ne soit pas vraiment vaincue, seulement interrompue temporairement".

"Cela s'apparenterait à la fameuse expression + mission accomplie + du président (américain George W.) Bush en 2003, qui était un symbole prématuré de victoire en Irak". Or, "clairement, l'Irak continue à lutter conte une insurrection islamiste aujourd'hui".

 

- Risques d'attentats élevés -

 

Car Boko Haram, qui s'est récemment allié à l'organisation Etat Islamique (EI), a prouvé une fois de plus cette semaine qu'il serait difficile de le mettre hors d'état de nuire, en menant une attaque à Gamboru, où 11 civils ont été tués.

Pourtant cette ville de l'est de l'Etat de Borno, très proche de la frontière camerounaise, avait été reprise à Boko Haram par l'armée tchadienne, mais les troupes de N'Djamena se sont retirées la semaine dernière sans qu'elles ne soient remplacées par des soldats nigérians, selon les habitants.

Ce défaut de coordination révèle des problèmes de compréhension et d'engagement entre les diverses armées engagées dans le conflit, en raison notamment de la méfiance du Nigeria anglophone envers ses voisins francophones, et des tensions préexistantes entre ces pays frontaliers.

Certes, les islamistes sont progressivement chassés de leurs fiefs mais les risques d'attentats à la bombe dans des lieux très peuplés comme les marchés et les gares routières restent très élevés, tel que le soulignait le réseau d'experts Nigeria Security.

Suite à une récente série d'attentats-suicides dans les villes, la sécurité des électeurs le jour du vote reste un sujet d'inquiétude, d'autant qu'Abubakar Shekau, le prolixe chef de Boko Haram, a promis de perturber l'élection.

 

AFP

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