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La Tunisie, cible de choix pour des jihadistes

Avec des maquis jihadistes qu'elle ne parvient pas à réduire, une frontière incontrôlable avec la Libye en proie au chaos et des milliers de jeunes partis, et pour certains revenus, combattre en Syrie, la Tunisie est une cible de choix pour les islamistes armés. 

Même si l'attaque menée mercredi contre le musée du Bardo, en plein centre de Tunis, qui a fait au moins 19 morts dont 17 touristes, n'a pas encore été revendiquée, elle porte en tous points la marque des islamistes armés qui ont, ces derniers mois, multiplié les menaces contre les autorités tunisiennes et l'une de ses premières sources de devises, le tourisme. 

Des militants se réclamant d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ou du groupe Etat islamique (EI) sont depuis la révolution de 2011, qui a donné le coup d'envoi de ce qui a été appelé le "Printemps arabe", retranchés dans des maquis situés dans les massifs montagneux proches de la frontière algérienne. Malgré plusieurs offensives d'envergure, l'armée tunisienne n'est jamais parvenue à les en déloger, perdant dans ces combats des dizaines de soldats, notamment dans la région du mont Chaambi, le point culminant du pays.

La détérioration de la situation dans la Libye voisine, où l'Etat central a disparu au profit de milices qui se disputent le pouvoir, certaines ouvertement ralliées à l'EI, pèse également sur la Tunisie, d'autant que la longue frontière entre les deux pays, dans des régions désertiques, est virtuellement impossible à contrôler. Dans des régions où la contrebande avec la Libye est souvent la seule source de revenus, une fermeture de la frontière est inenvisageable et pourrait provoquer des soulèvements locaux. 

"La proximité géographique augmente évidemment les risques", estimait début mars Jamil Sayah, président de l'Observatoire tunisien de la sécurité globale, estimant nécessaire que les pays de la région définissent "une stratégie commune pour étouffer l'EI dans les frontières libyennes".

- Formation en Syrie -

 

Avec deux à trois mille jeunes hommes partis, au cours des quatre dernières années, grossir les rangs des groupes jihadistes luttant contre le régime de Bachar al-Assad en Syrie et contre le gouvernement de Bagdad en Irak, la Tunisie a fourni le plus fort contingent de combattants étrangers. Ils seraient au moins cinq cents à être revenus au pays, estiment les autorités tunisiennes qui tentent de les maintenir sous étroite surveillance et affirment avoir empêché le départ d'au moins 9.000 autres volontaires. 

"Ces groupes salafistes jihadistes ont fait le choix stratégique d'envoyer des jeunes en Syrie pour les préparer et former ainsi des cadres qui seront prêts pour un éventuel combat en Tunisie", indique à l'AFP l'analyste tunisien Slaheddine Jourchi. 

Les groupes armés islamistes tunisiens mènent dans le pays de constantes opérations de harcèlement contre les forces de l'ordre. En février, ils étaient une vingtaine à tendre une embuscade à une patrouille de gendarmerie près de la frontière algérienne, tuant quatre gendarmes et s'emparant de leurs armes.

Et en octobre, cinq femmes et deux hommes, membres de ce qui a été présenté comme une cellule jihadiste, se sont retranchés dans une maison des abords de Tunis pour éviter leur arrestation. Dans l'assaut, cinq femmes et un homme ont été tués. Selon le gouvernement tunisien, l'un des hommes qui a été blessé et arrêté était membre d'Ansar Asharia, une organisation classée comme terroriste par Tunis et Washington.

En décembre, un Franco-Tunisien, Boubaker El Hakim, déjà condamné en France, a revendiqué, dans un film tourné en Syrie où il a rejoint l'EI et mis en ligne, l'assassinat de deux fameux opposants anti-islamistes tunisiens, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. "Nous allons revenir et tuer plusieurs d'entre vous", a-t-il menacé. "Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n'appliquera pas la loi islamique !"

AFP

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