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Présidentielle au Burkina Faso: les pro-Compaoré en reconquête

Sonnés par la perte brutale du pouvoir, les ex-barons du régime du président Blaise Compaoré, renversé par la rue après 27 ans de règne, montent une opération de reconquête, avec comme objectif la présidentielle d'octobre au Burkina Faso.

Djibrill Bassolé, son ancien chef de la diplomatie, a annoncé à demi-mot sa candidature fin février. "Très bientôt, je prendrai congé de l'armée et me mettrai à la disposition de la nation", a fait savoir ce général, très apprécié par la population.

Médiateur pour les crises au Togo et au Niger, il s'est mué en négociateur incontournable pour les conflits en Côte d'Ivoire et au Mali. Cet homme posé, actuel représentant de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) pour la lutte contre le terrorisme au Sahel, a de réelles chances de victoire, selon plusieurs observateurs.

Les colonels Yacouba Ouédraogo et Jean-Baptiste Natama, un ancien ministre des Sports de Compaoré et un ex-cadre de l'Union africaine, ne cachent pas non plus leur intérêt pour Kosyam, le palais présidentiel.

Le premier a créé son parti politique, quand le second a été investi par une petite formation. Mais eux seront davantage des outsiders.

Le Burkina Faso vivra en octobre des élections présidentielle et législatives, qui mettront fin aux autorités intérimaires ayant succédé à Blaise Compaoré.

Le pays est dirigé pour un an par un ex-diplomate, le président Michel Kafando, et un lieutenant-colonel, le Premier ministre Isaac Zida. Tous deux ont multiplié les harangues à l'encontre des crimes commis par l'ancien régime. Mais leurs nombreuses promesses ont accouché de très peu d'actes.

A sept mois des scrutins, les anciens lieutenants de Compaoré en profitent pour déclarer ouvertement leur appétit pour le pouvoir.

Les officiers avaient "des rôles politiques" sous l'ancien régime, qui était "militariste" malgré ses "apparence civiles", observe Rab-Salga Seydou Ouédraogo, économiste et analyste. Les businesses lucratifs qu'il menaient alors leur permettent de financer aujourd'hui leurs nouvelles "ambitions", note-t-il.

Mais l'ex-opposition, jusqu'ici aphone, a pris position contre eux mardi. Une trentaine de partis politiques et des organisations majeures de la société civile ont ainsi demandé "l'exclusion" des militaires du "jeu politique".

 

- 'L'armée dans ses casernes' -

 

"On a vu des gens comme le général Bassolé annoncer leur candidature. Nous disons que l'armée doit être dans les casernes", a dénoncé un participant, qui a requis l'anonymat.

Djibrill Bassolé, l'un des rares dignitaires pro-Compaoré à ne pas avoir vu son domicile incendié lors des émeutes anti-Compaoré, inquiète l'ancienne opposition, dont les ténors ont presque tous servi sous Blaise Compaoré.

Auparavant unis contre l'ancien chef de l'Etat, ces leaders se battent désormais "pour leur propre chapelle", commente l'éditorialiste Dieudonné Zoungrana. "Les intérêts strictement partisans ont refait surface."

Bien implantés en milieu urbain, les uns partent à la conquête des militants dans les campagnes, quand d'autres multiplient les voyages à l'étranger pour se constituer "un trésor de guerre", selon un observateur.

L'ancienne majorité, dont des dirigeants ont un temps vécu caché après la "révolution populaire" d'octobre, tente péniblement de se remettre en état de marche.

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), fondé par Blaise Compaoré, est miné par l'exode de ses militants. Mais il "demeure une force politique dans les campagnes", admet l'ex-opposant Emile Pargui Paré.

Le CDP tiendra congrès en mars. Parmi plusieurs candidats sérieux, le général Gilbert Diendéré, chef d'état-major particulier de M. Compaoré et son plus fidèle lieutenant, devrait y postuler à l'investiture pour la présidentielle.

Allié du CDP, l'ADF/RDA refait prudemment surface. Son président Gilbert Noël Ouédraogo, sorti de sa clandestinité, fait le tour des chefs traditionnels pour "recueillir des conseils", sans jamais évoquer le scrutin à venir.

Les partis pro-Compaoré sont "sonnés" et doivent "vite retrouver de l'activisme pour ne pas complètement sombrer", estime l'analyste Rab-Salga Seydou Ouédraogo.

Ses anciens cadres y jouent leur "survie", affirme-t-il : "Beaucoup sont des professionnels de la politique. Après 27 ans de pouvoir, il y en a qui ne savent plus rien faire d'autre."

Leurs chances de s'imposer en d'octobre sont toutefois faibles, selon Dieudonné Zoungrana. "Le peuple n'est pas prêt à élire un gars du CDP ou ses affidés", certifie l'éditorialiste.

AFP

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