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Chute des matières premières: l'insoluble dilemme des Etats africains

La récente chute des cours des matières premières a exacerbé le dilemme de nombreux gouvernements africains: comment tirer le meilleur profit des ressources naturelles pour le budget national, tout en évitant de décourager les investisseurs avec des taxes trop élevées?

La question est au c½ur de la "Mining Indaba", conférence internationale minière au Cap regroupant cette année 7.000 délégués de 110 pays, dont des ministres en exercice et des dirigeants de grandes entreprises.

Le sujet est également à l'ordre du jour de la "Mining Indaba alternative", une contre-conférence convoquée par des ONG qui dénoncent le pillage des ressources minérales africaines par les multinationales.

L'Afrique, riche en matières premières, reste le continent le plus pauvre par habitant malgré une croissance dynamique. Et la chute des cours, dans le sillage du ralentissement chinois, met toute la région sous pression: "Les entreprises se retirent d'Afrique plus, par exemple, que d'Australie, parce que les coûts de production sont plus élevés en Afrique", explique Andrew Lapping, gestionnaire d'investissements chez Allan Gray Ltd, au Cap, cité par Bloomberg.

"D'un seul coup, il faut décapitaliser et décider de ne conserver que les meilleurs projets. Il y en a moins en Afrique qu'ailleurs", en partie parce que l'Afrique n'a que peu d'industrie de transformation, poursuit-il.

Le 29 janvier, selon l'indice Bloomberg, les cours des matières premières et des métaux ont atteint leur niveau le plus bas depuis août 2002.

"Si les gouvernements taxent maintenant trop fort (...) cela risque tout simplement d'accélérer le déclin prévisible des compagnies minières", met en garde Claude Baissac, directeur exécutif d'Eunomix, société d'analyse des risques miniers.

La récente décision du gouvernement zambien de multiplier quasiment par trois ses taxes sur l'extraction du cuivre est un exemple typique, selon cet analyste, d'une décision prise au pire moment risquant de faire fuir les investisseurs.

Pour M. Baissac, la Zambie s'est probablement aperçue trop tard qu'elle aurait pu tirer beaucoup plus de ses ressources minérales: "On peut amplement justifier les impôts sur les super-profits, comme c'était le cas dans les années 2000, mais ces super-profits ont fait long feu depuis longtemps", dit-il.

De fait, les grandes compagnies minières réduisent les coûts et désinvestissent parfois massivement, comme Anglo American, qui a fermé trois de ses sept mines de platine en Afrique du Sud en 2014 après une grève historique dans le secteur.

- Risque pour l'emploi et la croissance -

A la conférence du Cap, la ministre zambienne du Commerce et de l'Industrie Margaret Mwanakatwe l'admet: "Ce n'était pas le bon moment".

"Le prix du cuivre est à un plus bas historique. C'est pourquoi le président (zambien Edgar Lungu) a dit que nous étions prêts à nous asseoir et à discuter" avec "les compagnies minières", poursuit-elle.

Au regard de la chute de 23% du cours du cuivre depuis début 2013 et des hausses d'impôts, la multinationale Vedanda Resources a déjà annoncé une révision de ses activités en Zambie. Or, le cuivre représente près de 70% des revenus d'exportation du pays.

L'Afrique du Sud, géant du charbon, de l'or et du platine, hésite également à concrétiser un projet qui permettrait à l'État de prendre 20% des parts dans toute nouvelle société énergétique, avec possibilité d'acheter à terme des parts supplémentaires.

"Nous voulons attirer des investissements dans le pétrole et le gaz", a expliqué le ministre sud-africain des Ressources minérales, Ngoako Ramatlhodi. Le gouvernement vient de bloquer une nouvelle loi juste avant de la promulguer, et va revoir sa copie "pour que l'État n'enlève pas aux entreprises privées le contrôle" de leur stratégie, a-t-il dit.

Pour l'économiste Dambisa Moyo, originaire de Zambie, "les décisions que les gouvernements doivent prendre doivent s'inscrire dans le contexte de la chute des prix des matières premières". 

"Lorsque les cours sont clairement très bas", dit-elle, "il ne me semble pas que la meilleure politique possible soit d'augmenter les impôts, juste au moment où cela risque d'être très néfaste pour l'emploi mais aussi la croissance".

L'analyste Claude Baissac résume: "Nous assistons certes à un retour de l'État (dans l'économie), mais il est certainement plus modéré qu'il y a 40 ans, lorsque les gouvernements s'imposaient et nationalisaient les compagnies minières".

AFP

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