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A Madagascar, la mafia des tortues fait sa loi

La tortue ne peut pas gagner contre les braconniers; sa lenteur l’empêche de fuir. A Madagascar, organisés en véritable mafia, des groupes armés arpentent les villages pour attraper des centaines de tortues, rapportait BBC News le 28 juin 2011.

«Quand les braconniers viennent avec des pistolets et des machettes pour capturer des tortues, les villageois n'ont pas les moyens de se défendre», raconte le conservateur Tsilavo Rafeliarisoa.

Jusqu’à présent, les Malgaches respectaient ces reptiles, apparus sur terre il y a près de 200 millions d’années et à qui l'on prête des vertus plus ou moins magiques.

Aujourd’hui, leur viande est très recherchée sur le marché local, notamment dans les villes de Tsihombe (29.825 habitants) et Beloka (21.281 habitants), à la pointe sud du pays dans la province de Mahajanga, pourtant longtemps attachées à leur protection. Leurs carapaces jonchent les rues et les restaurants servent pour moins de deux euros une assiette de tortue cuite à l’étouffée avec des tomates, de l’ail et des oignons. Le plat, un luxe il y a quelques années, est aujourd'hui plus abordable, surtout dans le contexte de hausse des prix alimentaires.

La mafia des tortues fournit également le marché noir asiatique. Des pays comme la Thaïlande sont prêts à payer plus de 4 euros pour se procurer une tortue, considérée là-bas comme un animal de compagnie exotique. Dans la médecine chinoise, les carapaces des tortues sont aussi utilisées en concoctions pour leurs vertus aphrodisiaques.

Ces dernières années, la chasse aux tortues s’est accrue. Et les groupes de braconniers semble agir en toute impunité:

«Tout le monde les mange et tout le monde trafique, mais aussitôt que les contrebandiers sont amenés au tribunal, des organisations mafieuses les aident à sortir», témoigne le directeur de l’Alliance malgache pour la conservation Ndranto Razakamanarina.

Pourtant, les tortues sont protégées. A Madagascar, haut lieu de la biodiversité, «4 espèces sont endémiques et si elles disparaissent ici, elles n’existeront plus que dans les zoos», rappelle Hasina Randriamanampisoa, du Durelle Wildlife Conservation Trust.

Une alliance de 27 associations internationales de conservation accuse le gouvernement malgache d’être complice de ce commerce illégal et de ne pas réprimer le pillage des ressources naturelles. Des soupçons pèsent d'ailleurs sur certains officiels du gouvernement, corrompus, et qui feraient même partie de la mafia des tortues. 

Lu sur BBC News