mis à jour le

Soudan du Sud:

Isolée par le Sudd, la plus grande zone de marais au monde, la population de Nyal est protégée des affres de la guerre qui ravage le Soudan du Sud, mais privée de nourriture et exposée aux maladies.

La quasi-totalité du comté de Panyijar, soit environ 60.000 personnes, dépend de l'aide alimentaire parachutée par le Programme alimentaire mondial (PAM), explique le préfet local John Tap Puot, membre de "l'opposition" dont les troupes qui combattent l'armée gouvernementale depuis décembre 2013 contrôlent la zone.

Une situation due principalement aux inondations qui ont ravagé les cultures ces six dernières années mais que le conflit a aggravée.

"C'était difficile avant la guerre à cause des inondations constantes durant la saison des pluies, mais les gens avaient accès au marché, pouvaient aller à Juba. Depuis que la guerre a commencé, nous dépendons de la nourriture de l'ONU", explique Nyalam Joak, qui attend avec Nyagade, son enfant de deux ans aux bras marqués par la gale, devant la clinique de l'ONG Signs of Hope, seule structure médicale du comté.

Les routes qui relient Nyal à Juba sont peu sûres ou coupées en raison du conflit, empêchant l'approvisionnement en nourriture ou médicaments.

Sur le marché, les échoppes sont quasi-vides. "Les affaires vont mal. Toutes les routes sont coupées par l'insécurité et les gens n'ont pas d'argent", explique James Gadiang, 36 ans, devant des sachets de thé, quelques sodas, savons et cigarettes posées sur son étal.

Le préfet Puot accuse de son côté le gouvernement de Juba d'empêcher l'approvisionnement des zones tenues par les rebelles.

"La situation alimentaire est très grave, la malnutrition augmente, la seule nourriture que la population reçoit vient d'organisations (humanitaires): sorgho et maïs", explique le Dr Mineab Sebhatu, coordinateur médical de Sign of Hope, "ce n'est pas équilibré - sorgho et maïs sont tous deux des glucides - et pas adaptés aux enfants, c'est pourquoi nous distribuons des suppléments" alimentaires.

- Bouillie de racines de nénuphars -

Devant la clinique de Sign of Hope, Mary Nyachak, peine à allaiter Malat, son bébé de six mois. "Je ne produis pas assez de lait car je n'ai pas assez à manger", explique-t-elle.

"La dernière nourriture que j'ai reçue de l'ONU remonte à octobre, elle est finie depuis longtemps. On survit en mangeant des nénuphars et des racines de guan", une plante locale des marais, dit-elle, espérant recevoir bientôt des vivres à nouveau largués sur la localité par des avions-cargo du PAM, après trois mois d'interruption dus à des problèmes logistiques et de sécurité.

L'afflux de déplacés, chassés par les combats qui ont ravagé Bentiu ou Mayom, plus au nord, a encore aggravé la situation déjà difficile.

"Avant je vivais dans le payam (district) de Mayom, je cultivais", raconte Martha Nyabora, mère de 10 enfants qui, à genoux devant une case de terre cuite, broie entre deux pierres des grains de sorgho. "Ici la sécurité est normale, nous recevons de la nourriture du PAM et les enfants peuvent pêcher dans les marais".

De 25.000 en 2013, le nombre de patients reçus par Sign of Hope a bondi à près de 58.000 en 2014, selon le Dr Mineab. "Comme dans toutes les zones de marécages, le paludisme est important, il y a des maladies respiratoires, la bilharziose, la typhoïde, mais aussi la brucellose", la population locale consommant le lait cru du bétail, dont la viande n'est quasiment jamais consommée, la culture locale accordant aux vaches une valeur importante.

La clinique de Sign of Hope ne dispose pas de bloc opératoire et ne peut traiter que les pathologies les plus simples. Les cas compliqués doivent être transportés à Leer, un trajet inconfortable de deux jours en pirogue à travers les marais, ou à Juba, par avion, un luxe inaccessible à l'essentiel de la population.

Cachés par les hauts joncs des marais, d'autres préfèrent rester encore plus à l'écart. Mary Nyayena, qui comme de nombreux Sud-Soudanais ne connaît pas son âge et éclate de rire quand on lui demande, a trouvé refuge, comme d'autres, depuis un an sur une des nombreuses îles qui parsèment le Sudd.

Entourée d'enfants en haillons au ventre gonflé, qui jouent en riant dans une poussière noire, elle épluche avec une voisine qui l'a suivie jusqu'ici des racines de nénuphars qu'elle pilera ensuite pour en faire une bouillie, leur repas quotidien depuis un an. Elle n'a pas de filets pour pêcher et la nourriture du PAM n'arrive pas jusqu'ici.

"La vie est très difficile" sur l'île, mais pas question d'en bouger: "tant qu'il n'y pas la paix, il peut y avoir de nouveaux problèmes", dit-elle.

AFP

Ses derniers articles: Centrafrique: nouvelles violences  RDCongo: l'opposition dévoile son plan pour "le départ de Kabila"  Cédéao: objectif de trois enfants maximum par femme d'ici 2030 

combats

AFP

Soudan du Sud: confusion dans un hôpital de campagne après des combats

Soudan du Sud: confusion dans un hôpital de campagne après des combats

AFP

Est de la RDC: l'ONU dénombre 80.000 déplacés en six jours de combats

Est de la RDC: l'ONU dénombre 80.000 déplacés en six jours de combats

AFP

Libye: 4 morts dans des combats

Libye: 4 morts dans des combats

faim

Crise humanitaire

Au Soudan du Sud, la famine pousse les gens à manger des feuilles d'arbres

Au Soudan du Sud, la famine pousse les gens à manger des feuilles d'arbres

AFP

Présidentielle en Somalie: la faim et les shebab en toile de fond

Présidentielle en Somalie: la faim et les shebab en toile de fond

AFP

CAN: Sénégal-Cameroun en quarts, faim de Lions et revanche 2002

CAN: Sénégal-Cameroun en quarts, faim de Lions et revanche 2002

Soudan

AFP

Soudan du Sud: les Etats-Unis proposent une "dernière chance" de sauver l'accord de paix

Soudan du Sud: les Etats-Unis proposent une "dernière chance" de sauver l'accord de paix

AFP

Soudan du Sud: des juges grévistes limogés par le président Kiir

Soudan du Sud: des juges grévistes limogés par le président Kiir

AFP

Le Soudan gèle ses discussions avec Washington sur une levée des sanctions

Le Soudan gèle ses discussions avec Washington sur une levée des sanctions