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Burundi: évasion de l'ex-chef du parti au pouvoir, ennemi juré du président Nkurunziza

L'ex-chef du parti au pouvoir au Burundi, Hussein Radjabu, s'est évadé dimanche de prison, où il purgeait 13 ans de prison pour complot contre la sûreté de l'Etat, un nouveau coup dur pour le président Pierre Nkurunziza à l'approche d'élections générales.

"M. Radjabu s'est évadé cette nuit entre 21H00 et minuit en compagnie de deux proches", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la police, Liboire Bakundukize.

"Il a bénéficié de la complicité d'au moins trois gardiens dont le brigadier chef de corps, responsable à ce titre de la sécurité de toute la prison", a-t-il ajouté.

Les autres gardiens de prison, qui dormaient en attendant l'heure de la relève, ne se sont rendu compte de cette évasion que plusieurs heures plus tard en s'inquiétant de ne pas avoir été réveillés par leurs trois compagnons, a-t-il expliqué.

Toujours selon des sources policières, deux véhicules attendaient les fugitifs près de la prison.

"C'est sûr que le coup était bien préparé car on s'est rendu compte que le brigadier avait évacué toute sa famille du pays depuis quelques temps", a révélé à l'AFP un haut gradé des services de sécurité, sous couvert d'anonymat.

Cette évasion intervient à trois mois d'élections législatives et communales et quatre mois d'un scrutin présidentiel à l'approche desquels les tensions ne cessent de monter dans le petit pays d'Afrique des Grands Lacs.

Elle porte un nouveau coup au président burundais Pierre Nkurunziza, soupçonné de vouloir briguer un troisième mandat mais confronté à une opposition de plus en plus forte, y compris au sein du parti au pouvoir, le Cndd-FDD.

- Capacité de nuisance -

 

l y a dix jours, une manifestation monstre a accueilli la libération de prison du directeur de la très populaire radio RPA, Bob Rugurika, réputé proche de l'opposition. Elle était clairement un message envoyé au président Nkurunziza pour qu'il ne se représente pas et le pouvoir, qui accuse désormais l'opposition et une partie de la société civile de ramener le pays vers la guerre, y a répondu en organisant le week-end dernier une contre-manifesfation "pour la paix".

Au sein du Cndd-FDD, l'opposition grandissante à un troisième mandat de Pierre Nkurunziza -- jugé inconstitutionnel par ses opposants, ce que le camp du président réfute -- est menée par plusieurs généraux, et est de plus en plus structurée, selon des sources concordantes.

Signe des divisions internes sur le sujet, le congrès du Cndd-FDD, qui doit désigner le candidat à la présidentielle, ne cesse d'être reporté.

A l'approche des scrutins, le Burundi, dont l'histoire post-coloniale est marquée par des massacres interethniques et une longue guerre civile (1993-2006), a aussi vu une recrudescence de la violence armée et notamment plusieurs incursions de groupes rebelles basés en République démocratique du Congo (RDC) voisine.

Hussein Radjabu avait pris la tête du parti au pouvoir, le Cndd-FDD, quand son chef Pierre Nkurunziza avait été élu président du Burundi, en 2005.

Pendant deux ans, l'homme avait mené fermement le parti. Pour les observateurs, c'était même lui qui dirigeait en sous-main le pays: aucune nomination importante, aucune orientation stratégique n'était décidée sans lui.

De l'avis des mêmes observateurs, il avait été évincé de la tête du parti en 2007 alors qu'il commençait à faire un peu trop ouvertement concurrence à Pierre Nkurunziza. Refusant de rentrer dans le rang après cette éviction, il avait été arrêté cette même année et condamné, en 2008, à 13 ans de prison pour complot contre la sûreté de l'Etat.

Il y a deux mois, le ministère de la Justice lui avait refusé une libération anticipée, affirmant qu'il risquait de déstabiliser le pays. Ces dernières années, le pouvoir voit sa main derrière plusieurs des attaques de groupes rebelles.

"Son évasion est un coup dur pour le président Nkurunziza en ce moment précis car il est resté populaire auprès d'une partie des militants du Cndd-FDD et il a une grande capacité de nuisance", s'est inquiété un cadre de la présidence, sous couvert d'anonymat.

"Le timing de cette évasion pose question, juste avant les échéances électorales et le congrès du Cndd-FDD", a commenté Thierry Vircoulon, de l'International Crisis Group, rappelant "le rôle politique qu'a joué Hussein Radjabu dans le passé, à la fois au Cndd-FDD puis comme initiateur de l'UPD", l'Union pour la paix et le développement, un parti d'opposition fondé par des transfuges du Cndd-FDD.

 

AFP

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