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Sida: la prière qui tue

Elles croyaient que Dieu allait les soigner et elles en sont mortes. Au moins trois femmes atteintes du virus du sida ont récemment perdu la vie au Royaume-Uni, après avoir arrêté leur traitement rétroviral sur les conseils de leur pasteur, selon une enquête de la BBC à Londres.

La chaîne britannique a recueilli plusieurs témoignages, notamment celui d'une femme dont l'amie a succombé aux prescriptions de son Eglise: 

«Elle est allée voir un pasteur. Il lui a dit d’arrêter de prendre ses médicaments et que Dieu était un guérisseur et qu'il l’avait guérie. Mon amie l'a cru. Elle a arrêté son traitement et elle est décédée», raconte cette habitante d’un quartier de l’est de Londres.

L’Africa Health Policy Network (AHPN), une organisation de lutte contre le sida, incrimine notamment une église chrétienne évangélique du sud de Londres, la «Synagogue Church Of All Nations» (Scoan). La Scoan est dirigée par le pasteur T.B Joshua, le plus riche homme d’Eglise du Nigéria (selon le magazine américain Forbes). Le site internet de la Scoan prétend entre autres que les paroissiens infectés par le virus du sida peuvent vaincre la maladie par la prière. Il publie également des vidéos et des photographies de fidèles affirmant s’être remis du sida, de cancers, d’ulcères ou encore de fractures. The Huffington Post publie des extraits de ces vidéos:

 

«Nous ne sommes pas le guérisseur. Dieu est le guérisseur. Aucune maladie ne peut résister à Dieu. Aucune maladie ne peut pas être soignée par Dieu… Nous ne demandons pas aux gens d’arrêter leur traitement… Les docteurs traitent la maladie. Dieu la soigne», a répondu l'église en question à la BBC.

L’AHPN pense que le nombre de fidèles qui ont arrêté leur traitement du VIH après avoir été persuadés que seul Dieu pouvait les soigner est en augmentation. Le directeur de l’organisation, Francis Kaikumba, explique le phénomène:

«C’est un problème d’ordre national. Dans certains cas, on persuade même les gens que les médicaments vont nuire aux prières. Nous avons découvert que des gens très vulnérables à Londres, Glasgow et Manchester se voient offrir une solution miracle à des problèmes très complexes comme le diabète, la tuberculose, le cancer, autant que les problèmes de logement ou d’immigration. Il ne s’agit pas seulement d'une tendance britannique. Ce phénomène est encore plus répandu en Afrique»

Lu sur HuffingtonPost, BBC

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