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Lesotho: législatives sous surveillance après la tentative de putsch

Les habitants du petit royaume d'Afrique australe du Lesotho sont appelés aux urnes samedi pour des législatives anticipées, censées rebattre les cartes après une tentative de coup d'Etat militaire en août 2014.

Une médiation régionale dirigée par le puissant voisin sud-africain a permis l'organisation de ce nouveau scrutin destiné à désigner une nouvelle majorité, l'armée lésothane étant priée de se faire discrète en restant sagement dans ses casernes.

Dans un climat de tensions exacerbées après la mort d'un passant, début février, dans une fusillade entre des soldats et des gardes du corps du Premier ministre Thomas Thabane, l'armée avait prévu de dresser des barrages routiers dans la capitale, Maseru. Mais la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) lui a rapidement fait comprendre qu'il n'en était pas question.

Ce sont les pays voisins qui doivent aider la police locale à assurer la sécurité pendant les élections en déployant 475 hommes, et le vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa a fait une affaire personnelle de l'organisation du scrutin.

L'Afrique du Sud - grande puissance de la SADC - est particulièrement concernée par la stabilité de son petit voisin, qui est complètement enclavé au sein de son territoire.

Et si l'économie du Lesotho est très fortement tributaire de l'Afrique du Sud, cette dernière a investi des milliards de dollars dans le royaume pour alimenter en eau la région de Johannesburg.

Le Lesotho, dont la vie politique est passablement agitée depuis l'indépendance, avait connu une alternance en 2012. Mais le Premier ministre Thomas Thabane avait suspendu le Parlement en juin 2014 pour éviter un vote de défiance, alors que sa coalition politique était en train de voler en éclats.

M. Thabane avait ensuite destitué le chef de l'armée, le général Tlali Kamoli. Celui-ci avait riposté en envoyant ses hommes, le 30 août, pour investir les postes de police de Maseru, réputés fidèles au chef du gouvernement.

Alors que quelques échanges de tirs faisaient un mort, le Premier ministre avait pris la fuite vers l'Afrique du Sud.

- Violences post-électorales? -

Il en est revenu grâce à l'intervention du vice-président Ramaphosa, tandis que les putschistes étaient envoyés "en mission" loin de Maseru.

Selon les observateurs, les médiateurs se sont contentés de permettre l'organisation de nouvelles élections sans régler les conflits, à commencer par ceux qui opposent armée et police.

"C'est une solution de fortune", regrette T¨oeu Petlane, analyste au Centre de ressources pour la transformation à Maseru. "On n'a pas commencé en abordant le coeur du problème."

Et le fait qu'on n'ait fait qu'éloigner les putschistes "peut conduire l'armée à croire qu'elle ne sera pas tenue pour responsable de la violence passée", souligne Dimpho Motsamai à l'Institut d'études de sécurité, à Pretoria. "Tout cela envoie un message très faible en termes de dissuasion", soupire-t-il.

Si les observateurs n'attendent pas de violences particulières le jour du vote, ils sont assez pessimistes pour la suite, et particulièrement en cas de victoire du Congrès des Lesothans (All Basotho Congress, ABC) de Thomas Thabane, considéré comme le candidat de Pretoria.

"Si l'ABC gagne", avertit Dimpho Motsamai, "il y aura des violences post-électorales."

Une vingtaine de partis sont en lice samedi, et aucune majorité absolue ne devrait se dessiner.

Faute de sondages fiables, l'ABC et le Congrès démocratique de l'ex-Premier ministre Pakalitha Mosisili - battu par M. Thabane en 2012 après 14 ans au pouvoir, il avait nommé Tlali Kamoli à la tête de l'armée - sont largement donnés devant les autres.

Les différences idéologiques entre les principaux partis sont difficiles à cerner: tous promettent aux 2 millions de Lesothans la création d'emplois et une réduction de la pauvreté.

Au Lesotho, les trois quarts des habitations ne sont pas reliés au réseau électrique et un tiers n'a pas l'eau courante. Par ailleurs, près d'un quart de la population adulte est séropositive.

AFP

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