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Ebola: fin de la mission des Etats-Unis au Liberia

La présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf devait s'adresser jeudi devant le Sénat américain pour remercier les États-Unis de leur aide dans la lutte contre l'épidémie Ebola, le jour même de la fin de leur mission militaire dans le petit pays d'Afrique de l'Ouest.

Lors d'une cérémonie à Monrovia, les États-Unis ont mis un point final à leur opération militaire, débutée en septembre au Liberia, l'un des trois pays le plus touché par la maladie avec la Sierra Leone et la Guinée. 

Le Liberia, qui totalise officiellement le plus grand nombre de morts (plus de 4.000 sur près de 10.000), est le plus proche de la fin de l'épidémie, grâce notamment à l'aide américaine.

"L'importance des progrès que nous voyons aujourd'hui signifie plus qu'une diminution du nombre de cas confirmés ou suspects d'Ebola. Ces progrès se voient aussi à travers la capacité des Libériens à reprendre une vie normale", a déclaré le général Gary Volesky, chef de l'opération militaire américaine lors d'une cérémonie à Monrovia.

Cette cérémonie s'est déroulée quelques heures avant que Mme Sirleaf ne prononcer son discours de remerciements devant le Sénat américain à Washington. La présidente sera reçue vendredi à la Maison Blanche.

Le président Barack Obama a accordé 2,5 milliards de dollars au Liberia et envoyé à partir de septembre 2.800 militaires, le plus important contingent américain déployé en Afrique de l'Ouest, pour lutter contre Ebola, dont une centaine restera sur place encore quelques mois en soutien.

Cette aide a permis la construction de centres de traitement et la formation de 1.500 soignants.

Bien que tardive, cette intervention massive s'est avérée beaucoup moins controversée que tant d'autres des États-Unis depuis 200 ans dans ce pays "frère" d'outre-Atlantique, qui a le même drapeau, au nombre d'étoiles près.

Cette "relation spéciale" se noue dans les années 1820 lorsque le Congrès et la Société de colonisation américaine, financée par des propriétaires d'esclaves, affranchissent des esclaves et les installent sur les côtes du pays.

Des milliers de colons baptisés "Américo-Libériens" suivent, proclamant l'indépendance en 1847, avec pour capitale Monrovia, en l'honneur du président américain de l'époque James Monroe, régissant une majorité autochtone privée de droit de vote.

 

-'Mythe réconfortant'-

 

James Ciment, auteur de "l'Autre Amérique: L'histoire du Liberia et des anciens esclaves qui l'ont dirigé", décrit ce pays comme "le fils adoptif à moitié oublié de l'Amérique".

En aidant le Liberia, Washington ne fait que s'acquitter d'une "obligation spéciale" envers lui, écrivait-il en septembre.

"Pour être franc, certains des philanthropes qui ont financé l'opération de rapatriement d'anciens esclaves et d'autres Africains de la diaspora avaient des motivations ouvertement racistes", renchérit Peter Pham, auteur de "Liberia: Portrait d'un État failli" et directeur d'un centre de recherches sur l'Afrique basé à Washington.

La "relation spéciale" entre les deux pays est surtout un "mythe réconfortant", explique-t-il à l'AFP, citant pour preuve le refus des États-Unis de reconnaître l'indépendance du Liberia, presque vingt ans après l'Europe.

Le Liberia s'est révélé un allié indéfectible qui a permis aux États-Unis de disposer d'une base militaire pendant la Deuxième Guerre mondiale et les a soutenus à l'ONU pendant la Guerre froide.

En contrepartie, les États-Unis ont accordé une aide importante à ce petit pays - plus de 600 millions de dollars depuis 2009, selon le département d'État - mais les détracteurs jugent le bilan de la tutelle américaine globalement négatif.

Ils mettent en exergue le soutien à la dictature militaire corrompue de Samuel Doe dans les années 1980, puis l'incapacité de Washington à l'évincer et à empêcher les guerres civiles qui ont fait quelque 250.000 morts dans les années 1990-2000.

Peter Pham relève néanmoins la responsabilité propre des Libériens rappelant la popularité de Doe, premier dirigeant du pays appartenant à la majorité autochtone, lors de son accession au pouvoir.

Les universitaires libériens dressent également un tableau contrasté de l'influence américaine.

Edward Wonkeryor, vice-président de l'Université Cuttington, reconnaît que l'aide américaine est liée à la volonté de préserver un poids économique en Afrique, menacé notamment par la concurrence chinoise.

Mais face à Ebola, Washington s'est montré à la hauteur de sa responsabilité morale et historique, selon lui.

"Les États-Unis aident le Liberia dans la crise d'Ebola en raison de leurs responsabilités envers ce pays, compte tenu des relations historiques, culturelles, économiques, sociales, idéologiques et de sécurité depuis la fondation du Liberia", résume-t-il.

AFP

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