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Mozambique: Maputo démolit ses quartiers inondables

Chaque saison des pluies, la périphérie pauvre de Maputo, la capitale mozambicaine, se transforme en immense flaque d'eau stagnante propice au paludisme et autres maladies. Cette année, la mairie a envoyé les bulldozers.

Gilda, une occupante illégale d'une quarantaine d'années, expulsée le matin même avec ses enfants, a juste le temps d'entasser ses meubles et ses affaires dans la rue que les employés municipaux attaquent déjà à la hache les murs en roseaux du lieu qu'elle occupait dans le quartier de Magoanine.

Sous les yeux ébahis des journalistes, le responsable du quartier, Augustino Daniel, explique que c'est pour empêcher que ces habitations misérables soient réoccupées que la municipalité procède à leur démolition. 

"Il y a de l'opportunisme: les personnes qui partent en profitent pour louer leur ancienne maison ou laisser d'autres personnes vivre là", dit-il. En guise de solution, Hortensia Navital, une autre responsable locale, explique que "la municipalité a l'habitude d'accueillir des familles sinistrées dans des centres d'hébergement d'urgence".

En paille ou en parpaings, les maisons inondées ne résistent pas longtemps face au bras articulé du tractopelle. En deux allers-retours, les voilà réduites à un tas de détritus baignant dans une eau verdâtre.

D'ici septembre, 400 habitations doivent être rasées dans le cadre de la vaste opération de réorganisation urbaine engagée par Maputo.  Le centre-ville témoigne de cette effervescence, avec des tours d'appartements et de bureaux qui pullulent et se hissent toujours plus haut. 

Mais la municipalité se soucie aussi des quartiers pauvres, que le boulevard périphérique - bientôt achevé par des entreprises chinoises - aura tôt fait d'encercler. 

Les équipes du conseil municipal sillonnent désormais ces quartiers pour mettre de l'ordre dans le cadastre et éliminer les parcelles anarchiques. "Avec l'exode rural, les habitants ont construit de manière désordonnée dans des zones inadaptées", explique un conseiller municipal, Lourenço Vilankulos. "Nous devons évacuer toutes les zones à risques".

 

- Résultats mitigés -

 

Poumon économique d'un pays qui connaît une croissance moyenne de 7,9% depuis 20 ans, la capitale concentre aussi les plus grandes inégalités. 

Routes en sables, absence ou défaillance des réseaux d'assainissement, paludisme: les difficultés s'aggravent pendant les pluies d'octobre à mars. Cette année, si la moitié nord du pays a été la plus touchée par les intempéries, qui ont fait 160 morts et 177.000 sinistrés, on dénombre à Maputo au moins 15.000 personnes sinistrées par l'eau depuis décembre.

Dans le terrain jouxtant celui des habitations démolies, Jaime Junior fait le tour du propriétaire. "Cela fait deux mois que nous vivons les pieds dans l'eau", explique-t-il.

Il faut passer sur des planches surélevées pour accéder à sa cuisine. La moitié de la maison est immergée. "Je m'inquiète surtout pour mes fils, à cause du choléra, des moustiques", confie-t-il. 

Les autorités mozambicaines tentent justement d'enrayer une épidémie de choléra qui sévit depuis le mois de janvier dans le nord du pays, où près de 3.000 cas ont été diagnostiqués après des inondations.

Depuis 2013, des propriétaires se sont vu proposer des terrains dans d'autres quartiers en échange de leurs maisons en zone inondable, et des aides à la reconstruction.

"C'est un processus long, mené en concertation avec les familles concernées", assure M. Vilankulos. 

Dans les quartiers de relogés, le résultat de l'opération est mitigé. "Notre ancien terrain était mieux. Ici aussi, quand il pleut, l'eau descend depuis la route et nous inonde", explique Afonsa, qui a déménagé en 2013, en montrant du doigt la route nationale à 100 mètres derrière elle.

Deux tôles en zinc et 10 sacs de ciment: ce sont tous les matériaux que les familles vivant dans ce groupe d'habitations, toujours en travaux, ont obtenu. Certaines ont dû s'endetter pour reconstruire leur maison. 

"Je ne vais pas mentir, le terrain est bon. Mais notre problème, c'est l'argent. Nous n'avons pas assez de place pour tous les enfants", explique Armenia, une dame âgée, tout en préparant la Xima, un plat local à base de farine de maïs.

Dans ces conditions, sa fille, la propriétaire des lieux, a préféré rester dans leur ancienne maison. En zone inondable.

 

AFP

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