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Afrique du Sud: des brouettes de charbon en attendant l'électricité

Au pied de la centrale thermique de Duvha, dans l'est de l'Afrique du Sud, des camions déchargent du charbon gratuit pour des riverains qui n'ont pas l'électricité. Le combustible chute avec fracas de la benne et au coup de sifflet, c'est la ruée.

Les femmes âgées d'abord, en haillons, savates et chapeaux de plage, les hommes ensuite, chacun zigzague avec sa brouette, enjambe le fossé qui sépare un chemin de terre bordant le lotissement et la houillère voisine, et se penche, presque à quatre pattes, pour se servir à pleines mains. 

Certains, et ce n'est pas là le moindre des paradoxes dans l'un des premiers pays électrifiés d'Afrique (1881), sont employés par la centrale. 

Chaque jeudi, deux tas de charbon de coke attendent. Avec frénésie, des brouettes sont remplies à toute vitesse avant de repartir en sens inverse vers les habitations de Masakhane, lotissement informel ne figurant sur aucune carte mais à la pauvreté décente. Les murs sont en brique. 

La sueur au front, les traits contractés, hommes et femmes tanguent sous le poids de leur ration hebdomadaire de coke.

Une jeune femme s'arrête, lâche son chargement qui semble peser une tonne, fouille sa chaussette et en sort un bout de carton numéroté qu'elle rend à un contrôleur.

Plus de 1.000 tickets ont été distribués le matin, et c'est une interminable procession de villageois en guenilles, comme échappés d'un groupe de figurants de L'Opéra de Quat'sous. 

La houille qui leur noircit les mains et les poumons, est extraite à cent mètres de chez eux. Comme dans la plus grande partie de l'Afrique du Sud, un pays dépendant à près de 90% du charbon pour produire son électricité, elle fait tourner la centrale électrique locale.

Les six tours de refroidissement et les deux cheminées se détachent à l'horizon à moins d'un kilomètre, en arrière-plan des terrils. D'énormes pylônes de lignes à haute tension trouent le ciel emportant ailleurs les précieux kilowatt heures (3.600 MW à Duvha). 

A Masakhane, "il n'y a pas le courant, sauf pour ceux qui peuvent se permettre un compteur pré-payé", explique Enick Mthuqi, 58 ans, conseillère locale. On cuisine sur un fourneau à charbon, à côté d'un évier sans robinet. Il n'y a pas l'eau courante non plus.

- 'Le matin, tout est noir' -

Plus de six millions de foyers ont été électrifiés depuis la fin du régime raciste d'apartheid mais le réseau, insuffisamment modernisé, sature en permanence, les tarifs explosent et 15% environ des foyers ne sont toujours pas raccordés. 

"Je n'aime pas utiliser le charbon pour la cuisine, c'est trop dangereux quand ça fume", lâche Phumza Xamba, sa silhouette de géante tassée sous un soleil de plomb à côté de sa brouette. 

"Ca fait tousser les enfants et il y a trop de maladies avec. On n'est pas content d'être ici, on souffre, c'est du mauvais développement", ajoute cette femme de 39 ans, chanceuse depuis septembre: elle a décroché un job en intérim à la centrale où elle charge du charbon sur des tapis roulants. Le masque à gaz y est obligatoire.

Emblématique des retards d'une partie du pays, Masakhane est aussi typique des problèmes de santé et de pollution au charbon contre lequel Eskom, la compagnie publique nationale, a été accusée de ne pas lutter suffisamment. 

Aux premiers vents d'hiver, la saison sèche, la poussière de coke se dépose partout, sur le linge, dans les jardinets, les plants de maïs et les grandes feuilles de potirons.

"Le matin, tout est noir dans nos parcelles", répètent à l'envi les habitants. "Vous passez votre doigt sur la table, et vous voyez la trace", dit l'un.

Selon une étude publiée en 2014 par l'ONG Greenpeace, la pollution de l'air liée aux émissions des centrales d'Eskom cause environ 2.200 décès prématurés par an en Afrique du Sud.

Bongani Nkhosi, élu ANC à la municipalité d'Emalahleni, où est située la centrale de Duvha, hésite. "C'est sensible, dit-il, la ville et le gouvernement provincial ont repris le dossier." L'école secondaire où il y avait aussi de l'amiante vient juste d'être déménagée. 

En attendant, c'est lui qui a réclamé du charbon pour cuisiner. "En 2010", raconte-t-il. "J'ai dit, s'il vous plaît, la mine doit contribuer car les gens inhalent la poussière, j'ai demandé qu'ils nous donnent du charbon chaque jeudi et qu'on arrange nos routes."

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