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Entre jihadistes et Boko Haram, le fragile Niger pris en étau

Déjà en butte aux jihadistes opérant entre Libye et Mali, désormais attaqué par les islamistes de Boko Haram basés au Nigeria, le Niger, qui n'a que des moyens limités pour se défendre, se retrouve pris en étau.

Un symbole: c'est depuis Bilma, une localité du nord du Niger, région voisine du Sud libyen, que le président Mahamadou Issoufou a exhorté le 11 février son peuple à la "mobilisation générale" contre le groupe armé nigérian, qui frappe le sud-est du pays.

Le Niger, attaqué depuis plusieurs années par des groupes liés à Al-Qaïda dans le nord et l'ouest de son territoire, voit s'ouvrir un nouveau front. Depuis le 6 février, la région de Diffa, frontalière du nord-est du Nigeria, le fief de Boko Haram, est devenue la cible des islamistes.

Pour les autorités nigériennes, "la menace du Sud est passée devant celle du Nord", qui suscite désormais "une crainte plus diffuse", explique à l'AFP Gilles Yabi, fondateur du centre de réflexions Wathi, installé à Dakar.

Car Boko Haram a conquis en quelques mois, côté Nigeria, des territoires entiers le long de la frontière avec le Niger. Et les insurgés ont recruté de jeunes Nigériens.

Pour le Niger, "le phénomène le plus déstabilisateur, c'est Boko Haram", confirme une source diplomatique à Niamey.

Mais ce pays enclavé, l'un des plus pauvres du monde, dispose de ressources limitées pour sa sécurité.

"Il n'y aura pratiquement pas de soldats nigériens au Nigeria, ils n'en ont pas les moyens", assure cette source occidentale.

Le gouvernement nigérien a pourtant obtenu l'aval du Parlement pour envoyer 750 soldats au Nigeria combattre Boko Haram au sein d'une force multinationale.

Dans la région de Diffa, le Niger a massé quelque 3.000 hommes, rejoints par des soldats tchadiens. Si le Tchad a engagé une offensive terrestre au Nigeria à partir du Cameroun, le Niger se cantonne dans une "posture défensive".

- 'Sourde et aveugle' -

"Les Nigériens doivent jongler avec des forces armées sous tension" en terme d'effectifs, souligne une autre source diplomatique occidentale.

Près du Mali, "le front Ouest a été dégarni" pour renforcer les positions à Diffa, précise-t-elle.

Or, de raids meurtriers en rapts (notamment d'Occidentaux), le Niger a subi ces dernières années les actions de groupes jihadistes ayant contrôlé le nord du Mali voisin entre 2012 et 2013. Deux de leurs attaques, mortelles, ont été menées à moins de 100 km de Niamey cet automne.

Chassés de leurs bastions maliens par une intervention internationale conduite par la France, à laquelle le Niger participe toujours, les jihadistes ont depuis rejoint en nombre le sud de la Libye, livrée au chaos depuis la chute de Kadhafi en 2011.

Confronté à des rébellions touareg jusque dans les années 2000, le Niger a longtemps craint une contagion, puisque des combattants touareg avaient enclenché les troubles au Mali.

Mais c'est la Libye qui inquiète désormais. Le président nigérien appelle sans relâche à agir pour que le Sud libyen cesse d'être un "sanctuaire pour le terrorisme", les trafics d'armes transitant par son pays.

Faute de moyens suffisants, le Niger doit compter sur l'aide extérieure en matière de renseignements, grâce aux drones déployés par la France et les États-Unis.

Sans ces renseignements, "notre armée est sourde et aveugle face aux menaces", justifiait Mahamadou Issoufou dans un récent entretien à l'hebdomadaire Jeune Afrique - au risque d'apparaître, devant une opinion souvent critique, comme un obligé des Occidentaux.

Ex-puissance coloniale, la France a installé un poste militaire avancé à Madama, aux portes de la Libye, dans le cadre de son dispositif "Barkhane" contre les jihadistes dans le Sahel. Et elle a dépêché un petit détachement à Diffa.

Déjà, certains redoutent que le Niger ne fasse un jour les frais d'un rapprochement entre les groupes armés du Nord et Boko Haram au Sud.

"Ce n'est pas de la science-fiction!", avance un haut diplomate ouest-africain.

Certes, "il y a eu des contacts entre Boko Haram et des éléments d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) par le passé", mais une "jonction" entre ces organisations très différentes n'est "pas plausible pour l'instant", réplique Gilles Yabi.

Cela n'empêche pas Isidore, chauffeur de taxi à Niamey, de craindre des infiltrés en tous genres: "on ne sait plus qui est qui".

AFP

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