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Comores: des législatives plombées par les pénuries d'eau et d'électricité

Les Comores retourneront dimanche aux urnes pour le second tour des législatives, un scrutin clé pour la stabilité de cet archipel musulman francophone où le manque chronique d'eau et d'électricité pèse plus que jamais sur le moral des électeurs.

A l'issue du premier tour qui s'est déroulé dans le calme le mois dernier, trois partis se sont imposés sur 26, dont Juwa (Le Soleil) de l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, déjà en pré-campagne présidentielle pour 2016 et qui pourrait devenir la première force à l'Assemblée nationale.

Le nombre considérable de candidats dits "indépendants", l'abstention et la combinaison d'alliances locales parfois déroutantes rendent cependant l'issue du scrutin incertaine.

"La campagne a été longue, presque sept mois, les partis manquent de ressources, la population vit d'autres soucis", commentait ces jours-ci un candidat.

"Ce n'est pas facile d'aller vers les électeurs en ce moment.. Pour leur dire quoi?", confiait un responsable de la majorité présidentielle qui a requis l'anonymat.

La morosité est renforcée par l'accumulation de trois mois d'arriérés de salaires dans la fonction publique, premier employeur du pays, et les affres d'une pénurie chronique d'eau et d'électricité. Le syndicat national des professeurs a déposé un préavis de grève.

Les Comores sont dépourvues de grandes infrastructures touristiques contrairement à l'île Maurice ou aux Seychelles, malgré d'enviables paysages de palmiers et des lagons turquoises.

Le 10 février, en marge d'une protestation de 72 heures contre les coupures d'eau et d'électricité sur l'île de Grande-Comore, l'armée a tiré à balles réelles faisant huit blessés, dont quatre grièvement, à Mitsoudjé, près de la capitale. L'incident a été imputé ensuite à une transaction de vin de palme qui a mal tourné entre l'armée et la population. Une enquête est en cours.

- 'Pas de vote, une route!' - 

A Moroni vendredi, une manifestation a eu lieu de femmes et adolescents venus du village voisin de Dzahani-Tsidjé qui ont sillonné les rues à bord d'une quinzaine de véhicules aux cris de "Pas voter" ou "Voter nul". "Nous ne voulons pas de vote, nous voulons une route !", pouvait-on lire sur une pancarte barrant le pare-brise des manifestants.

M. Sambi, chantre du "renouveau de la fierté comorienne", a déjà dirigé les Comores de 2006 à 2011, se rapprochement du monde arabo-musulman sans renoncer à l'aide de la France où vit une importante diaspora de 200.000 à 300.000 Comoriens.

Ses liens avec l'Iran, où il a étudié, inquiètent toutefois une partie de l'électorat dans ce pays de tradition sunnite prônant un islam rigoureux et tolérant, incarné par la figure tutélaire du grand cadi Said Mohamed Djelane décédé ce mois-ci à Moroni.

"Sambi veut le pouvoir, comme nous tous, mais derrière lui, il y a un fondamentalisme islamiste qui fait peur. Ce n'est pas seulement une menace pour les Comores, c'est une menace pour le monde", a attaqué durant la campagne Mahamoudou Mohamed Ali, président d'une formation battue au premier tour, l'ANC.

Le parti sambiste a remporté la majorité à l'assemblée insulaire d'Anjouan (l'une des trois îles de l'archipel), ce qui lui assure d'avance trois sièges à l'assemblée nationale en plus du député élu au premier tour.

Trente-trois sièges sont à pourvoir dans la nouvelle assemblée nationale comorienne: 24 sont élus au suffrage universel direct, et neuf désignés par leurs pairs des trois parlements insulaires.

- 30% de femmes aux municipales -

Face au camp Sambi, l'Union pour le développement des Comores (UPDC) de l'actuel chef de l'Etat Ikililou Dhoinine a déjà obtenu deux députés mais ce dernier redoute d'avoir à cohabiter jusqu'en 2016 avec une majorité hostile.

Un troisième parti est aussi encore en lice, la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), également dirigé par un ancien président, le colonel Azali Assoumani.

Pour la première fois également, les 275.000 inscrits éliront leurs conseillers municipaux, avec un quota de 30% réservé aux femmes.

Micro-Etat de moins d'un million d'habitants à l'histoire tumultueuse jalonnée de 20 coups d'Etat ou tentatives depuis l'indépendance en 1975, les Comores n'en revêtent pas moins une certaine importance dans la lutte contre le terrorisme islamiste.

Quarante ans après l'indépendance, la population est également lasse d'une classe politique corrompue et la démocratie fragile. 

D'où une aide conséquente de l'Union européenne (UE) qui a financé un tiers du budget électoral: il atteint près de 5 millions d'euros au total.

AFP

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