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A Fotokol, dévastée par Boko Haram, on vit "la mort dans l'âme"

Maintenant, "tout le monde vit la peur dans le coeur et la mort dans l'âme", témoigne un habitant de la petite ville camerounaise de Fotokol, à la frontière nigériane, dévastée il y a deux semaines par une attaque meurtrière des islamistes de Boko Haram.

Habitations et véhicules brûlés, impacts de balles, tôles dispersées çà et là : Fotokol désormais offre une image de chaos et de désolation.

Le 3 février, les forces tchadiennes ont pris le contrôle de la ville nigériane de Gamboru, située de l'autre côté de la frontière, en face de Fotokol. Le lendemain, plusieurs centaines de combattants de Boko Haram ont mené une contre-offensive à Fotokol, tuant 81 civils, treize militaires tchadiens et six camerounais, selon Yaoundé.

Pour le chef de bataillon Beltus Kweme, responsable local des opérations du Bataillon d'intervention rapide (l'unité d'élite de l'armée camerounaise), il y a eu un manque de "coordination" avec l'armée tchadienne et "les Boko Haram [en] ont profité pour entrer dans la ville".

D'autres sources évoquent "un relâchement" fatal des soldats camerounais, euphoriques après la prise de Gamboru.

Les Boko Haram "ont fait un carnage. La ville aura du mal à s'en remettre", se désole sous couvert d'anonymat un habitant de Fotokol.

Les massacres et les destructions du 4 février ont ciblé principalement commerces, administrations et habitations situés entre le pont El Beid, qui relie Fotokol à Gamboru, et le camp militaire situé sur l'avenue principale, à environ 500 mètres.

- Commerces aux murs éventrés -

Sur cette avenue, autrefois mouvementée du fait des activités commerciales et du trafic, aucun civil n'est visible. Seuls occupants de cet espace de décombres, quelques militaires positionnés, armes à la main.

L'auberge El Beid, le lieu incontournable de la ville où tout le monde, civils camerounais et nigérians, policiers, gendarmes et militaires, se retrouvaient pour échanger autour d'une boisson, n'a pas été épargnée par la fureur des assaillants: toiture détruite, murs éventrés.

Vers l'intérieur de la ville, la grande mosquée, théâtre d'un massacre, est criblée d'innombrables impacts de balles. "Trente-sept personnes (dont l'imam) ont été tuées à l'intérieur de cette mosquée", rappelle le chef de bataillon Kweme.

"Ils sont venus à l'heure de la prière. Ils ont regroupé tous les fidèles musulmans présents dans la mosquée et leur ont demandé de s'asseoir là avant de les arroser à coup de rafales", raconte Djibril, pointant l'une des ailes de la mosquée.

Pas un seul fidèle présent à l'intérieur de la mosquée n'en est ressorti vivant. Désormais Djibril assure le rôle d'imam. "Ça va. Nous sommes là. Nous continuons de prier normalement", dit-il.

De nombreux habitants ont fui la ville dès les premiers instants de l'assaut. Deux semaines après, certains sont de retour. D'autres attendent de voir comment la situation sécuritaire, toujours précaire, va évoluer.

"Ce que j'ai vu était insoutenable. Il faut du temps pour que je m'en remette", concède au téléphone un policier en poste à Fotokol, mais qui a quitté momentanément la ville après l'attaque.

Pour Djibril, il n'a jamais été question de partir: "C'est ma vie ici. Toute ma famille est là".

"Grâce à Dieu, ça va. On vit", philosophe le Blama (chef de quartier) Mahamat Arouna qui, lui aussi, veut rester à Fotokol.

AFP

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