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La France et l'Egypte signent le premier contrat

La France a signé lundi au Caire le premier contrat d'exportation de son avion de combat Rafale, avec l'Egypte qui achète 24 exemplaires de ce fleuron de l'industrie aéronautique française.

Cette vente marque aussi le soutien de Paris au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi dans un contexte géopolitique tendu et en pleine répression de toute opposition en Egypte.

 Le PDG du constructeur français Dassault Aviation, Eric Trappier, a signé le contrat au palais présidentiel en présence de M. Sissi et du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.

 "Nos deux pays mènent un combat commun contre le terrorisme", a commenté M. Le Drian.

Lundi à l'aube, des avions de combat F-16 de l'armée égyptienne ont bombardé des positions de l'organisation Etat islamique (EI) en Libye, quelques heures après que ce groupe jihadiste eut revendiqué dans une vidéo effroyable la décapitation de 21 chrétiens coptes égyptiens capturés en janvier dans ce pays voisin.

Depuis son entrée en service en 2004 dans les forces armées françaises, le Rafale avait essuyé six échecs à l'export. Paris et Dassault espèrent que le contrat égyptien va permettre à d'autres pays de franchir "une barrière psychologique", selon M. Trappier, qui lorgne en particulier sur des négociations exclusives en cours avec l'Inde depuis janvier 2012 pour l'achat de 126 Rafale. La France mise aussi sur le Qatar, qui pourrait être intéressé par 36 appareils.

Les trois contrats signés lundi au Caire, d'un montant total de 5,2 milliards d'euros, incluent, outre les 24 Rafale, une frégate multimission FREMM du groupe naval DCNS ainsi que des missiles conçus par MBDA.

Menée en un temps record, à peine trois mois, cette vente à l'initiative du Caire marque le souhait de l'Egypte de diversifier ses sources d'armements et de s'affranchir de la tutelle américaine, dont elle était très dépendante jusque-là.

Elle souligne surtout le soutien affiché de Paris au régime égyptien, dans une région en proie à une profonde instabilité.

 

 - "Répression sans précédent" -

Paris, comme les autres capitales occidentales et nombre d'Etats dans la région, s'inquiète notamment des risques de déstabilisation régionale engendrés par la présence des jihadistes de l'EI en Syrie et en Irak, mais également au-delà.

"Le président Sissi a une nécessité stratégique, c'est d'assurer la sécurité du canal de Suez, par lequel passe une grande partie du trafic (maritime) mondial", a déclaré lundi M. Le Drian, soulignant l'"urgence" d'avoir "à la fois les capacités navales et aériennes pour assurer cette sécurité". 

Or l'Egypte est confrontée "au risque fondamentaliste" dans la péninsule du Sinaï, mais également au groupe Etat islamique en Libye, pays qui partage plus de 1.000 km de frontière avec l'Egypte, a souligné M. Le Drian.

Paris n'a donc pas donné d'échos aux critiques des défenseurs des droits de l'Homme, qui pointent un bilan "alarmant" du président Sissi depuis son arrivée au pouvoir, quand il a destitué en juillet 2013 son prédécesseur élu, l'islamiste Mohamed Morsi.

Peu avant l'annonce du contrat, Amnesty International France avait appelé Paris à "suspendre tous les transferts d'armes" vers l'Egypte en raison de la "répression, sans précédent depuis 30 ans" dans le pays.

"Le développement et la démocratie, c'est postérieur à la sécurité. Le maréchal Sissi a été élu par son peuple et prépare des élections législatives. La sécurité est l'élément d'urgence pour ce pays", a jugé M. Le Drian.

"Nous ne partageons pas toutes les actions menées par l'Egypte mais l'essentiel c'est d'avoir un grand pays comme l'Egypte stabilisé pour assurer demain la stabilité globale de la zone", a plaidé le ministre français.

Paris a choisi de "jeter un voile pudique sur les vrais sujets des droits de l'Homme dans l'Egypte de Sissi. C'est un choix politique assumé", résume Camille Grand, directeur de la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS).

Pour la France, cette vente est une aubaine car elle permet de résoudre en partie l'équation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, qui stipule que des "livraisons à l'exportation (du Rafale sont) également prévues permettant d'atteindre une cadence de production satisfaisante".

 

 

AFP

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