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Niger: Zinder, ville refuge

Aboubacar a une crainte: celle des "kamikazes". Alors, "on observe tout le monde". Refuge pour les familles fuyant les violences islamistes, la ville de Zinder, dans le sud du Niger, vit sous la menace des "infiltrés" de Boko Haram.

"Jeudi, un homme enturbanné qu'on n'avait jamais vu est venu à la mosquée. On lui a demandé de partir", raconte à l'AFP cet employé d'une ONG étrangère.

"On est très prudents, on est obligés", ajoute gravement le quadragénaire.

Tel est le climat à Zinder depuis que la deuxième ville du Niger voit passer dans ses poussiéreuses rues ocre des flots de déplacés venus de Diffa, à environ 400 km à l'est.

Depuis le 6 février, le groupe islamiste nigérian Boko Haram et ses éléments locaux ont perpétré cinq attaques sanglantes à Diffa, localité frontalière du Nigeria.

Zinder est sur ses gardes. A l'entrée de cette ville d'environ 350.000 habitants, des équipes d'une dizaine de policiers se succèdent toute la journée sous un soleil brûlant pour contrôler les véhicules.

Motos, voitures particulières, camions, minicars, bus au toit couvert de bagages: des fouilles sont effectuées à ce check-point - matérialisé par une simple cordelette - installé sur une longue route parfaitement goudronnée.

Soudain, un garçon est extrait sans ménagement d'un minicar. Des cris, une bousculade, la tension est palpable. Boko Haram? Une simple "bagarre", assure un agent visiblement nerveux.

De tels contrôles sont vitaux, affirme le gouverneur de la région de Zinder, Kalla Moutari.

Ils ont permis d'"intercepter des gens infiltrés dans la population qui se déplaçait", indique-t-il, faisant état de l'arrestation autour de Zinder de "quelques dizaines" de personnes soupçonnées d'être liées à Boko Haram.

 

- Jeunes Nigériens enrôlés -

 

Ces suspects, des "Nigériens", se trouvent désormais entre les mains de la cellule antiterroriste basée dans la capitale, Niamey. 

Le groupe islamiste nigérian, qui sème l'horreur dans le nord-est du Nigeria depuis 2009, "a enrôlé beaucoup de nos jeunes gens" au Niger, de l'autre côté de la frontière, insiste le gouverneur dans le vaste salon de sa résidence.

Pour lui, on ne peut pas "minimiser la menace". 

L'inquiétude est d'autant plus forte que, de l'aveu même de M. Moutari, des "cellules dormantes" avaient déjà été démantelées auparavant.

Ce représentant de l'Etat multiplie les rencontres avec les acteurs de la société civile, de la presse aux chefs religieux, pour appeler à la prudence et à la vigilance.

"Chaque jour que Dieu fait, on interpelle des gens d'obédience Boko Haram dans des véhicules. Ils ont des éléments infiltrés", confirme un membre des services de sécurité.

L'autre jour, un homme a été arrêté alors qu'il avait avec lui un livre "faisant l'apologie du terrorisme", relate-t-il.

Dans les bus et autres minicars qui entrent à Zinder, "ce sont souvent les voyageurs qui dénoncent" les suspects, se félicite-t-il.

Les forces de l'ordre effectuent aussi des patrouilles de nuit.

La journée, nombre d'habitants sont branchés sur les radios et les télévisions qui racontent les derniers raids et attentats sanglants de Boko Haram au Nigeria et dans les pays voisins.

Zinder a tout de même une chance: le défi sécuritaire ne se double pas d'une crise humanitaire. La plupart des "réfugiés" - comme tout le monde les appelle ici - ne sont qu'en transit, et l'afflux de déplacés faiblit.

Sur "près de 10.000 personnes" arrivées à Zinder, "l'essentiel" a ensuite continué vers Niamey et d'autres villes, selon le gouverneur.

C'est l'objectif de Zoulaha, Safia et Zeynabou, trois jeunes femmes de la même famille, venues de Diffa avec leur ribambelle d'enfants.

Après un voyage fatiguant, voilà leur maigre lot de sacs jeté par terre à la gare routière de Zinder. "On n'a rien, ni argent, ni habits, ni nourriture", lance Zeynabou, un bébé dans les bras.

Elles veulent au plus vite trouver de quoi se payer le transport vers Madaoua, leur village natal, plus à l'ouest. "Quand la guerre sera finie, on rentrera à Diffa".

 

AFP

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