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Afrique du Sud: interrogations après la foire d'empoigne au parlement

L'Afrique du Sud s'interrogeait vendredi sur les ratés de sa démocratie après des incidents sans précédents la veille au parlement lors du discours annuel du chef de l'État, avec l'intervention en direct à la télévision de la force publique dans l'hémicycle.

Le chaos était pourtant annoncé. Le parti du tribun populiste et transfuge de l'ANC Julius Malema avait promis de perturber le discours sur l'état de la nation du président Jacob Zuma, accusé d'avoir bénéficié d'argent public pour rénover sa résidence privée. Et aucune médiation n'avait permis de désamorcer la tension.

L'évacuation manu militari de ses députés s'est terminée à coups de poings.

"C'est un triste jour qui voit des élus du peuple battus par la police, y compris des femmes", a lancé Malema à des journalistes juste après l'incident. "Ils s'y sont mis à sept pour saisir Reneilwe Mashabela (une députée), et l'un d'eux l'a frappée au visage avec une chaussure".

"Ça met notre démocratie gravement en danger, mais soyez sûrs que ce c'est que le début (...) Nous n'allons pas nous arrêter de demander des réponses au bandit numéro un", Jacob Zuma, a ajouté Malema. 

Imperméable à la critique, le président Zuma, invité de la télévision publique SABC vendredi matin, a appelé à sanctionner les fauteurs de troubles: "A mon sens, il est temps pour le parlement de réagir et d'appliquer son règlement plus strictement que ce qu'ils ont fait jusqu'à maintenant".

Le chef de l'État a également souligné le côté positif de ce nouvel incident: "Notre démocratie est extraordinairement tolérante, vous pouvez faire ce que vous voulez en Afrique du Sud, c'est une force, mais c'est aussi une faiblesse". 

Le discours annuel sur l'état de la nation, prononcé à l'ouverture de la session parlementaire, est un moment fort de la vie politique sud-africaine. Les ambassadeurs, des ministres, et des personnalités étrangères y assistent depuis la tribune du public. 

Pour le perturber, les députés EFF (Combattants de la Liberté Économique) avaient choisi une tactique d'obstruction, prenant la parole un à un sous prétexte de questions de procédure, pour interroger Jacob Zuma sur le scandale qui empoisonne la vie politique sud-africaine depuis des mois.

 

- 'Déclin de la démocratie' -

 

Après 30 minutes, et alors que le ton montait, la présidente de l'Assemblée a ordonné l'évacuation par la force des 25 élus EFF.

L'Alliance démocratique, principal parti d'opposition, s'est ensuite offusquée, soupçonnant la police nationale -- et non les seuls officiers de sécurité parlementaires -- d'avoir procédé à l'intervention, en violation de la Constitution. Ses députés ont à leur tour quitté la salle.

Jacob Zuma a finalement prononcé son discours, avec plus d'une heure de retard.

"Un chaos signe du déclin de la démocratie sud-africaine", titrait vendredi matin le journal économique Business Day. "Inimaginables il y a encore cinq ans, les scènes auxquelles nous avons assistées (...) doivent conduire l'Afrique du Sud à faire une pause et à se demander pourquoi et comment nous en sommes arrivés là".

Les commentateurs, le plus souvent, partageaient les responsabilités entre les protagonistes. Les uns notaient que Zuma n'a jamais voulu répondre aux questions sur la rénovation de sa résidence, 19 millions d'euros d'argent public sous prétexte de travaux de sécurité. 

D'autres insistaient sur le fait que les EFF ont détourné le règlement de l'Assemblée pour perturber un discours solennel, et qu'ils auraient dû attendre une séance de questions au président. "La plus grande part de responsabilité revient aux EFF, qui ont réussi à s'assurer une large couverture médiatique, alors qu'ils n'ont obtenu que 6% des voix aux élections législatives", notait par exemple The Times.

Beaucoup imputent aussi cette dégradation du climat politique à la mauvaise gestion et à la corruption de l'ANC, au pouvoir sans interruption depuis les premières élections au suffrage universel de 1994, qui avaient porté Nelson Mandela à la présidence.

"Une grande part de notre démocratie est morte hier soir", commente vendredi le journal en ligne Daily Maverick: "L'ANC ne pourra plus jamais affirmer qu'il gouverne pour le bien de tous (...) Nous ne sommes certainement pas d'accord avec les objectifs ou la tactique des EFF, mais nous étions, pour un moment, du même côté qu'eux", note l'éditorialiste, résumant la désillusion de nombre de Sud-Africains.

AFP

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