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Après les tensions, la "communion": face aux attaques des islamistes de Boko Haram, le Niger entonne un air d'union nationale, mettant une trêve aux âpres batailles politiques qui se jouent en vue de la présidentielle de 2016.

"Il faut un sursaut national, le Niger doit se mettre ensemble, se tenir debout afin que (Boko Haram) n'ait pas raison de nous", lançait mardi le Premier ministre Brigi Rafini, en inaugurant une série de rencontres avec les "couches socio-professionnelles du pays" dans un but affiché de mobilisation générale.

Rare symbole d'unité, le Parlement nigérien a autorisé lundi à l'unanimité l'envoi de troupes au Nigeria. Elles doivent participer à la force régionale chargée de combattre les islamistes qui, après avoir plongé dans l'horreur le nord-est du Nigeria, frappent le Cameroun et, depuis vendredi, le Niger.

En matière d'unité, "l'exemple nous a été donné à partir de l'Assemblée nationale, qui a su faire taire toutes ses contradictions", a salué M. Rafini.

Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, a rendu "hommage" aux députés de l'opposition, qui ont joint leurs voix à celles de la majorité malgré "une certaine tension politique" entre les deux camps.

Dans ce pays parmi les plus pauvres du monde, le climat politique n'a cessé de s'alourdir depuis que, en août 2013, le patron du Parlement d'alors, Hama Amadou, est passé avec fracas dans l'opposition au président Mahamadou Issoufou, dont il avait favorisé l'élection en 2011.

Une quarantaine d'opposants de son parti avaient été arrêtés en 2014, dont six avaient été inculpés pour "atteinte à la sûreté de l'Etat", avant d'être libérés. Accusé dans une retentissante affaire de trafic présumé de bébés, M. Amadou a fui le Niger. Il vit en France depuis six mois.

Mi-janiver, des violences ont encore envenimé la situation. 10 personnes ont péri lors de manifestations contre une caricature de Mahomet publiée par l'hebdomadaire français Charlie Hebdo, qui ont viré en émeutes anti-chrétiens dans un pays à 98% musulman. Le pouvoir y a vu la main de l'opposition.

Un vétéran de la diplomatie africaine s'inquiétait la semaine dernière que les responsables nigériens continuent de "se battre entre eux". Or, faisait-il valoir, "les jihadistes, les activistes ne peuvent pas attaquer si le front intérieur est solide".

Alors que le Niger subit depuis vendredi, pour la première fois, des attaques meurtrières de Boko Haram dans la région de Diffa (sud-est) frontalière du Nigeria, l'unité affichée est une heureuse surprise.

Sur la chaîne publique comme sur la dizaine de télévisions privées et les radios, les commentateurs délivrent un même message: face aux islamistes, les Nigériens doivent taire leurs querelles.

- 'Survie nationale' -

"Aujourd'hui c'est l'intégrité territoriale du Niger qui est menacée", justifie Abdulkadri Tijani, chef des députés du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), le principal parti d'opposition.

"On ne peut pas lutter sans une collaboration efficace de la population. Pour que la population se sente concernée, il faut un apaisement" politique, explique-t-il.

L'opposition accuse depuis des mois le pouvoir de chercher à écarter certains de ses potentiels candidats avant la présidentielle de 2016 et de semer la zizanie dans ses rangs.

Après le vote de lundi, c'est aux autorités de "créer les conditions de l'apaisement" à l'intérieur, insiste Boubacar Mossi, député et avocat de Hama Amadou.

L'opposition ne pouvait "tergiverser", les islamistes posant au Niger une "question de survie nationale", juge M. Mossi. Mais son lui, le gouvernement a soufflé sur les braises: "Boko Haram ne s'en prenait pas à nous" jusqu'à ce que les "autorités" fassent des "déclarations intempestives, va-t-en-guerre".

Le pouvoir, lui, rappelle avoir averti depuis longtemps la communauté internationale de l'ampleur de la menace. Quelque 3.000 soldats ont été déployés depuis fin 2014 dans la région de Diffa.

Pour le constitutionnaliste Amadou Boubacar Hassane, il y a "une communion" dans la classe politique car il s'agit de soutenir les forces armées, comme quand elles avaient combattu les groupes jihadistes au Mali en 2013.

Mais selon cet observateur, "le climat politique est délétère", les contentieux s'accumulant autour de la préparation de la prochaine présidentielle. Après l'"accalmie" actuelle, prédit-il, "les joutes politiques vont reprendre de plus belle".

AFP

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