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Côte d'Ivoire: le procès de Simone Gbagbo entre dans le vif du sujet

Après plusieurs semaines relativement calmes passées à écouter les seconds couteaux, le procès Simone Gbagbo est enfin entré dans le vif du sujet, le tribunal d'Abidjan se muant la semaine dernière en arène politique.

"Qui a gagné la présidentielle de 2010 ?", s'est ainsi interrogé mercredi à la barre l'un des accusés, Gnamien Yao, ex-conseiller diplomatique de Laurent Gbagbo.

Cette question pour le moins sensible a divisé tout un pays de décembre 2010 à avril 2011. Faute de s'accorder sur une réponse, les partisans du sortant Laurent Gbagbo, dont la victoire avait été validée par le Conseil constitutionnel ivoirien, et les soutiens de l'actuel chef de l'Etat Alassane Ouattara, au succès reconnu par la Commission électorale indépendante (CEI), organisatrice du scrutin, et la communauté internationale, ont multiplié les exactions.

Les cinq mois de violences, qui ont fait plus de 3.000 morts, vaudront à M. Gbagbo d'être jugé en juillet par la Cour pénale internationale pour "crimes contre l'humanité". Son épouse Simone, 65 ans, surnommée la "Dame de fer", et 82 co-accusés sont actuellement jugés pour "atteintes à la sûreté de l'Etat" par la cour d'assises d'Abidjan.

Aucune date n'a encore été communiquée pour l'audition de Mme Gbagbo. Aucun cadre pro-Ouattara n'étant mis en cause, la société civile hurle à la "justice des vainqueurs".

Plus d'un mois après ses débuts, le procès dit "des pro-Gbagbo" - le plus important de Côte d'Ivoire depuis la fin de la crise - prend enfin son envol. Les "lampistes", selon l'expression d'un avocat, dont les dossiers de faible envergure étaient en outre mal ficelés, ont laissé place aux premières personnalités.

Alors qu'un avocat de la défense juge que la comparution de ces VIP a donné le ton d'un procès "à forts relents politiques", les autorités nient formellement, préférant louer une justice "équitable" et "transparente". 

"Trouvez-vous normal, en tant que juriste, que Youssouf Bakayoko (le président de la CEI) aille au QG de campagne d'un candidat pour proclamer les résultats provisoires de la présidentielle ?", s'est pourtant emporté mercredi à la barre M. Yao.

Le 2 décembre 2010, Youssouf Bakayoko avait déclaré Alassane Ouattara vainqueur depuis l'hôtel du Golf, où l'actuel président est installé. Le lendemain, le Conseil constitutionnel consacrait Laurent Gbagbo. Les premières violences démarraient quelques jours plus tard.

- 'Raison d'Etat' -

Mardi, ce sont six journalistes pro-Gbagbo qui ont été entendus. Ils sont accusés par le parquet d'avoir "contribué à exacerber les tensions" via une émission, "Raison d'Etat", qui passait sur la Radio télévision ivoirienne (RTI), publique.

Pour l'accusation, le Conseil national ivoirien de la communication audiovisuelle (CNCA) et son président, qui avaient interdit la diffusion de certaines chaînes étrangères après l'annonce sur leurs antennes de la victoire de M. Ouattara, ont "favorisé les appels à la haine et à la violence".

Franck Anderson Kouassi, un cadre du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo, qui présidait alors le CNCA, avait nié tout appel à la haine.

Les journalistes ont à leur tour réfuté ces accusations, affirmant oeuvrer pour le "service public", donc pour l'Etat. "Je travaillais sous la responsabilité des chefs", a souligné Hermann Aboa, animateur de "Raison d'Etat".

Interrogés jeudi, deux ex-ministres proches de Laurent Gbagbo ont récusé toute "atteinte à la sûreté de l'Etat".

"Je ne reconnais pas les faits", a lancé Georges Armand Ouégnin, éphémère secrétaire d'Etat à l'Assurance maladie dans le dernier gouvernement de Laurent Gbagbo, qui dura quatre mois à peine.

- "Vous n'avez pas tenu des réunions sur des achats d'armes pour alimenter des milices ?", l'a alors questionné le président du tribunal Dembélé Taïrou.

- "Non! Ce que je sais faire, c'est la médecine", lui a rétorqué l'accusé.

Le camp des pro-Gbagbo est accusé d'avoir employé des miliciens très violents durant la crise postélectorale pour faire face aux combattants pro-Ouattara, parfois aussi sanguinaires.

Jean-Jacques Béchio, ministre sous le président Félix Houphouët-Boigny, a quant à lui raconté, lui, "l'enfer sur terre" lors du bombardement de la résidence présidentielle, dans laquelle il se trouvait, quand Laurent et Simone Gbagbo en ont été délogés le 11 avril 2011.

"Nous avons été gazés comme des rats (...) par l'armée française", a-t-il pesté. Paris est accusé par l'ancien régime d'avoir pris fait et cause contre Laurent Gbagbo afin d'installer Alassane Ouattara au pouvoir.

 

AFP

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