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Le Burkina surmonte sa première crise post-Compaoré, Zida se maintient au pouvoir

La garde présidentielle burkinabè a renoncé jeudi à réclamer la démission du Premier ministre Isaac Zida, permettant au Burkina Faso de surmonter rapidement sa première crise depuis la chute de l'ex-président Blaise Compaoré.

Le lieutenant-colonel Zida, numéro 2 du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), dont il avait pourtant demandé en décembre la dissolution "pure et simple", s'est de son côté engagé à ne pas dissoudre ce corps d'élite controversé, selon plusieurs sources militaires.

Le compromis est destiné à clore la crise ouverte mercredi, la plus grave à laquelle ont été confrontées les autorités de transition mises en place après la chute de Blaise Compaoré, chassé par la rue fin octobre après 27 ans de règne.

Après plusieurs semaines de tensions, la garde présidentielle avait réclamé le départ du chef du gouvernement, plongeant dans l'incertitude ce pays sahélien très pauvre. Mais de longues heures de négociations entre les chefs de l'armée et l'exécutif ont permis d'aplanir les différends.

"La composition du gouvernement ne relève pas de l'armée. Le Premier ministre n'a pas été nommé par l'armée et l'armée ne peut le démettre", ont fait valoir des gradés interrogés par l'AFP.

Il n'est "pas question de dissoudre le RSP", a confirmé à l'AFP une source militaire proche du lieutenant-colonel Zida.

Un "comité de réflexion" a été mis en place pour définir le "rôle", les "nouvelles attributions" et "certainement une nouvelle dénomination" pour ce régiment, qui "ne sera plus exclusivement destiné à la protection du chef de l'Etat", a-t-elle annoncé.

Autre gage donné à la garde présidentielle : son numéro 1, le colonel-major Boureima Kéré, sera nommé à la place du lieutenant-colonel Théophile Nikiéma - un proche du Premier ministre dont le choix était contesté par la troupe -, au poste de chef d'état-major particulier de la présidence, selon un négociateur.

 

- 'Apaisement sur fond de rumeurs' -

"On va vers un apaisement sur fond de rumeurs", observe un diplomate, pour qui les deux parties ont toutefois su "trouver des solutions" pour faire "baisser les tensions".

L'autre enseignement à retenir de ces deux journées agitées est tout autre : au sein de l'exécutif, "c'est (Michel) Kafando le patron", "c'est lui qui a bien les choses en main", selon ce diplomate, quand nombre de Burkinabè voyaient le président intérimaire comme un prête-nom d'Isaac Zida, le vrai détenteur du pouvoir.

"Mais le président n'a toujours pas pris de décision sur un éventuel remaniement", note un analyste.

Car outre la démission du Premier ministre, la garde présidentielle exigeait aussi celle des militaires membres du gouvernement, ce que ceux-ci ont refusé, selon un officier.

Le colonel-major Auguste Denise Barry, ministre de la Sécurité (Intérieur) et proche d'Isaac Zida, est particulièrement visé car accusé de "mobiliser la société civile pour demander la dissolution du RSP", de source militaire.

La garde présidentielle, en s'insérant dans la chose politique, "en fait trop", "c'est intolérable", a réagi Me Guy Hervé Kam, le porte-parole du Balai citoyen, un mouvement en pointe dans la révolution anti-Compaoré.

Un meeting se tiendra samedi matin à Ouagadougou "pour dire non à la confiscation de la révolution par le RSP", a-t-il annoncé lors d'une conférence de presse conjointe avec d'autres organisations de la société civile.

Une vingtaine d'entre elles ont exigé jeudi la dissolution du régiment et demandé des sanctions "fermes et exemplaires" contre les auteurs d'actes "attentatoires à la sûreté nationale".

La garde présidentielle était l'un des piliers de l'ancien régime. Elle a été pointée du doigt par Amnesty International pour son usage "excessif et létal" de la force durant les manifestations qui ont abouti à la chute du président Compaoré, de même que certains gendarmes et militaires.

International Crisis Group (ICG) avait averti fin janvier que la dissolution de la garde présidentielle ferait peser, "si elle est mal conduite, un sérieux risque de dérapage de la transition".

"Sans concertation, elle pourrait conduire les éléments de cette unité d'élite, la mieux armée du pays, à réagir violemment", alertait le centre de réflexion.

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