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La finance française veut se faire une place au soleil en Afrique

Avec sa croissance annuelle d'au moins 4% depuis dix ans et la promesse d'un boom grâce au développement de sa classe moyenne, le continent africain est revenu dans le radar des investisseurs français.

Fonds d'investissement, banques, assureurs... Les spécialistes soulignent tous le regain d'intérêt du monde financier pour l'Afrique, le "dernier horizon d'investissement".

La finance figure d'ailleurs en bonne place au menu du grand forum économique franco-africain organisé vendredi à Paris, qui regroupe chefs d'Etat, ministres et dirigeants.

"L'Afrique sera l'un des pôles de développement du monde: la croissance annuelle de 5 à 7%, continue depuis 2000, devrait se poursuivre sur les dix prochaines années : il est donc important de se positionner maintenant en Afrique", explique Patrick Dupoux, directeur associé au bureau de Casablanca du Boston Consulting Group.

"L'Afrique est un continent d'avenir atteignable à partir de l'Europe. Malgré l'instabilité du continent, les investisseurs ont compris que c'est un réservoir de croissance, et ils se demandent comment participer à son développement et à son financement", estime de son côté Hervé Schricke, président du tout nouveau club Afrique de l'AFIC, association qui fédère les acteurs français du capital-investissement (investissement dans les entreprises non cotées).

Si une organisation patronale comme le Medef a créé un comité Afrique depuis des années, dans la finance, le mouvement est plus récent.

Paris Europlace, qui défend les intérêts de la place de Paris, a engagé depuis 2013 des coopérations techniques avec les places financières marocaine et algérienne. Elle développe également des pistes de travail avec la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières), qui regroupe 8 pays d'Afrique francophone.

Mais dans le domaine boursier, Paris s'est déjà fait dépasser par Londres.

"L'Afrique a eu une croissance nulle dans les années 80 et 90. A cette période-là, les entreprises françaises étaient souvent leaders en Afrique. Quelques investisseurs français se sont désengagés dans les années 2000, or, c'est à partir de ce moment-là que la croissance économique s'est révélée. En parallèle, d'autres investisseurs (Chine, Inde, Golfe, Corée, Turquie) sont apparus", explique Patrick Dupoux.

 

- Investissements en hausse -

 

"Aujourd'hui, il y a peu de fonds d'origine française actifs en Afrique, mais on sent un intérêt grandissant. Par ailleurs une concurrence s'exerce entre les autorités de régulation, les fonds qui exercent en Afrique ayant tendance à s'inscrire au Luxembourg ou à Maurice", constate M. Schricke.

"Londres héberge beaucoup de fonds, pour des raisons réglementaires, fiscales, et car c'est un marché financier important, cela déforme un peu la vision" de la présence britannique, confirme Christophe Eck, associé du cabinet d'avocats d'affaires Gide.

Reste que l'Afic a constaté que beaucoup de ses membres se demandent où et comment s'implanter et quelles sont les difficultés. "Il n'y a pas beaucoup d'expertise, c'est donc ce que nous voulons mobiliser", explique M. Schricke.

Le montant des opérations de capital investissement sur le continent a plus que doublé au premier semestre 2014 et 1,6 milliard de dollars a été investi en Afrique sub-saharienne l'an dernier, soit le montant le plus élevé en cinq ans, relève le fonds Investisseurs & Partenaires, l'un des rares fonds français dédiés à l'Afrique.

La société d'investissement Wendel a quant à elle réalisé son premier investissement direct en Afrique en 2012, avec une prise de participation dans l'entreprise nigériane IHS, spécialisée dans la gestion de tours télécoms pour les opérateurs mobiles.

Du côté des banques, Société Générale, BPCE et BNP Paribas, présentes de longue date sur le continent, l'ont récemment replacé au coeur de leur stratégie internationale. Côté assurances, AXA, trés implanté au Maroc et en Algérie, a pris une participation majoritaire dans le quatrième assureur du Nigeria, Mansard, fin 2014.

"Les entreprises françaises commencent enfin à s'intéresser aux pays anglophones (Nigeria, Kenya, Ghana), là où il y a le plus gros potentiel de croissance. D'autres pays sont en plein décollage (Ethiopie, Mozambique) et méritent qu'on s'y intéresse dès aujourd'hui", note Patrick Dupoux.

 

 

AFP

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