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Au Nigeria, chrétiens et musulmans craignent de nouvelles violences électorales

Quelques briques au milieu des mauvaises herbes, des pans de murs couverts de graffitis: c'est tout ce qui subsiste du quartier musulman du village de Madakiya, dans le nord-ouest du Nigeria, depuis les violences interreligieuses de la présidentielle de 2011.

Ici comme dans d'autres villages de l'Etat de Kaduna, musulmans et chrétiens vivaient en bonne intelligence jusqu'à ce que le scrutin de 2011 attise les tensions religieuses.

Aujourd'hui, à deux semaines de nouvelles élections présidentielle et législatives dans le pays le plus peuplé d'Afrique, les habitants des régions où cohabitent les deux religions craignent de nouvelles émeutes.

"Je ne pense pas que des événements de cette nature vont se produire, mais on ne peut pas faire confiance aux politiciens", estime Luka Awage, un représentant du chef de district de Madakiya.

Lors du scrutin du 14 février, le président sortant Goodluck Jonathan aura comme principal rival l'ex-dictateur Muhammadu Buhari - comme en 2011.

Mais cette année, M. Buhari est soutenu par le Congrès progressiste (APC), coalition de quatre grands partis d'opposition, et le scrutin s'annonce le plus serré depuis le retour à la démocratie en 1999.

Si M. Jonathan, un chrétien du Sud, compte beaucoup sur le soutien de sa région, M. Buhari devrait obtenir la majorité des voix dans son Nord majoritairement musulman et à Lagos, la plus grande ville du pays, fief de l'opposition.

 

- 'Un malentendu'? -

 

Madakiya se trouve dans la partie sud de l'Etat de Kaduna, région accueillant une importante population chrétienne. Au nord de l'Etat, les églises laissent place aux mosquées.

En 2011, quand l'opposition a accusé le pouvoir de fraudes électorales au profit de M. Jonathan, les émeutes ont fait près de 800 morts dans l'Etat, selon Human Rights Watch (HRW).

Dans la ville de Kaduna, des musulmans ont été abattus par la foule en colère, ainsi que des chrétiens qui se trouvaient au mauvais endroit. Mosquées et églises ont brûlé.

Dans la ville de Zonkwa, tout près de Madakiya, 311 musulmans ont été enterrés dans un charnier, selon HRW. A Kafanchan, village voisin de Madakiya, chrétiens et musulmans ont péri et le marché a été détruit.

Les chrétiens et les musulmans de Madakiya - ces derniers vivent désormais de l'autre côté du pont, à Kafanchan - donnent aujourd'hui des versions contradictoires des événements.

Philip Jagaba, un chrétien dont la maison jouxte le quartier musulman en ruines de Madakiya, raconte que les gens ont commencé à attaquer les musulmans la nuit, après l'annonce de la victoire de M. Jonathan.

Mais selon lui, les violences ont commencé à Kafanchan, et n'ont cessé qu'au matin, à l'arrivée de l'armée. 

Pour Ayuba Bartholomew, de Madakiya, il s'agit d'"un malentendu avec nos voisins" musulmans. Enervés par la victoire du candidat chrétien, "ils s'en sont mêlés en essayant de se venger sur nous (chrétiens). Alors on a décidé de leur demander de faire leurs bagages, sans toucher à aucun de leurs biens", dit-il.

Selon Luka Awage, c'est le meurtre d'un chef traditionnel qui a mis le feu aux poudres, ainsi que les informations évoquant des églises incendiées.

Les musulmans "n'ont pas été obligés à partir, ils ont fui d'eux-mêmes. Et jusqu'à présent, on aimerait qu'ils reviennent" dit-il.

 

- Rumeurs et tensions -

 

Pour le pasteur James Wuye, du centre de médiation interconfessionnelle de Kaduna, les violences de 2011 sont d'abord dues à des rumeurs, à une instrumentalisation politique et à des tensions ethniques et religieuses très anciennes dans l'Etat.

Depuis, son organisation tente de suivre de près les foyers de tension.

Pour le religieux, Madakiya devrait rester calme au prochain scrutin: "Tous les non-chrétiens sont partis (...) Avec qui voulez-vous qu'ils se battent?"

Les maisons des musulmans et les mosquées de Madakiya, abandonnées après les émeutes, se sont effondrées avec le temps.

Philip Jagaba brûle les herbes hautes qui poussent autour des ruines, pour qu'elles ne soient pas squattées par des bergers nomades.

Il ne pense pas que les musulmans reviendront. "Les tensions perdurent dans les esprits", dit-il. Car lorsque des vies sont perdues, "il faut beaucoup de temps pour s'entendre à nouveau. Pour l'instant ils nous craignent et nous aussi".

 

AFP

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