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Sur les îles du lac Tchad, les naufragés des attaques de Boko Haram

Eparpillés sur des dizaines d'îlots insalubres du lac Tchad, des milliers de civils nigérians ayant fui la terreur de Boko Haram représentent aujourd'hui un véritable casse-tête pour les autorités qui tentent de les regrouper pour faciliter leur prise en charge.

"Nous avons marché dans l'eau pendant plusieurs jours, nous avons tellement souffert... Nous étions soixante-sept, mais plusieurs personnes sont mortes en route". 

Le visage fatigué, Adamou Bouba raconte la fuite infernale face aux attaques des islamistes nigérians qui l'a mené au Tchad, jusqu'à la presqu'île de Ngouboua, lambeau de terre ferme à trois heures de mauvaise route de la première ville. En voie d'assèchement, le lac Tchad n'est profond par endroits que de quelques dizaines de centimètres d'eau.

C'était il y a six mois. Après avoir pénétré dans son village de Kiguili, posé sur les rives du lac, des combattants islamistes étaient entrés chez Adamou Bouba et avaient tué sa femme. Ce chauffeur de taxi n'avait d'autre choix que de fuir, ses deux fils de deux et trois ans sous le bras.

Comme lui, des milliers de Nigérians encerclés dans cette région où Boko Haram s'est emparé de nombreuses localités n'ont pu fuir par la route et se sont "jetés à l'eau", les plus chanceux ayant pû grimper à bord de pirogues surchargées.

- Bout de terre aride au milieu de l'eau -

Seule option possible: rejoindre les îles tchadiennes situées juste en face, à quelques kilomètres. Sans eau potable, sans nourriture, "nous avons mis cinq jours pour arriver" sur un bout de terre aride au milieu de l'eau, où les soldats tchadiens "sont venus à notre rencontre", raconte Adamou Bouba.

Eparpillés sur des dizaines d'îlots, les familles qui ont souvent perdu des proches dans la course, se retrouvent livrées à elles-même. Sur les 17.000 réfugiés nigérians arrivés au Tchad, ils ne sont que 7.000 à avoir rejoint un camp d'accueil, selon le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR).

Leur prise en charge est un véritable casse-tête pour les autorités de N'Djamena, qui ont dans un premier temps essayé de les rassembler à Ngouboua.

"Apporter de l'assistance humanitaire est extrêmement difficile dans ces conditions, comment peut-on charger des vivres pour plusieurs milliers de personnes sur de petites pirogues?", explique Ahamat Asselek, de la Croix-rouge tchadienne.

A l'ombre d'un arbre, Aminata ramasse du bois mort. "On ne nous donne pas de nourriture, pas de savon pour laver nos vêtements", se plaint-elle.

"Depuis notre arrivée, ce sont les villageois qui se sont occupés de nous. Nous les femmes, allions mendier, et ils ont eu pitié de nous, ils nous ont donné du riz, du maïs, de l'huile...", ajoute la coquette jeune femme aux paupières argentées sous son voile noir.

Certains des "anciens", arrivés il y a plusieurs mois, se sont intégrés à la communauté locale - avec laquelle ils partagent parfois la même langue - et s'en sortent grâce à la pêche et à l'agriculture.

-'Risque d'infiltration'-

Mais tous devraient bientôt déménager: depuis le 23 janvier a commencé leur transfert vers Baga Sola, où un nouveau camp a été installé, qui accueille déjà près de 2.500 personnes.

Le gouvernement a pris cette décision pour des raisons de "sécurité", explique Mamadou Dian Balde, représentant adjoint du HCR au Tchad: "Ngouboua se trouve seulement à 18 km de la frontière", une situation qui expose les réfugiés à de nouvelles menaces de Boko Haram.

Contrôler les allées et venues sur les centaines de petites îles et les innombrables chenaux qui parcourent le quatrième plus grand lac africain est une tâche quasiment impossible, et certains habitants disent craindre des attaques au Tchad, jusque-là épargné.

"Il y a beaucoup de rumeurs. On dit qu'ils ont déjà attaqué certains villages du lac près du Nigeria. En tous cas, ils vont sûrement vouloir se venger" alors que l'armée tchadienne a commencer à se déployer le long de la frontière pour contrer Boko Haram.

"C'est vrai qu'on ne peut pas tout contrôler mais le dispositif (patrouilles et postes avancés, NDLR) à la frontière ne permet pas aux combattants de Boko Haram de passer", affirme le responsable sur place de la Commission nationale d'accueil, de réinsertion des réfugiés et des rapatriés, Mahamat Ali Tchari.

"Le seul risque d'infiltration, c'est qu'ils viennent comme réfugiés", dit-il.

D'après plusieurs sources humanitaires, plusieurs arrestations ont déjà eu lieu sur le site de Ngouboua, suite à des dénonciations de réfugiés.

"Est-ce qu'il s'agit véritablement de membres de Boko Haram, de complices, ou encore de simples règlements de comptes entre anciens voisins ?", s'interroge l'une d'elles. "C'est difficile à dire".

AFP

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