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Nigeria: l'armée n'a pas réagi aux menaces d'une attaque

L'armée nigériane avait été prévenue de l'imminence de l'attaque contre Baga, début janvier au Nigeria, sans doute la plus meurtrière jamais perpétrée par le groupe islamiste Boko Haram, a dénoncé mercredi Amnesty International.

L'armée nigériane a rejeté ces accusations en qualifiant l'enquête de l'ONG d'"imprécise".

Lors de la prise de la ville de Baga (nord-est), sur les rives du lac Tchad, le 3 janvier, par Boko Haram, et dans les jours qui ont suivi, des centaines de civils, voire plus, ont été massacrés, des maisons ont été incendiées et plusieurs centaines de femmes et d'enfants ont été enlevés.

Amnesty affirme avoir reçu la preuve, de la part d'une source militaire de haut rang et d'autres sources, que les quartiers généraux de l'armée dans la capitale fédérale à Abuja avaient été informés de la menace d'une attaque de Boko Haram contre Baga mais aussi contre la ville de Monguno, plus au sud, tombée elle aussi aux mains des islamistes le week-end dernier. Toujours selon Amnesty, des renforts avaient été réclamés à plusieurs reprises par les chefs des bases militaires dans ces deux localités.

"Ces informations indiquent clairement que les responsables militaires nigérians ont manqué de manière consternante et répétée à leur devoir de protection à l'égard des civils de Baga et de Monguno, malgré plusieurs mises en garde contre le danger imminent (...)" d'une attaque de Boko Haram, a déclaré Netsanet Belay, directeur du programme Afrique d'Amnesty International.

A Baga, Amnesty affirme que les soldats stationnés sur place ont alerté Abuja sur la présence de plus en plus fréquente de patrouilles de Boko Haram.

Les islamistes avaient aussi prévenu les populations civiles d'un prochain raid, poussant des centaines d'habitants à prendre la fuite, affirme l'organisation de défense des droits de l'homme, citant des sources militaires et des témoins.

A Monguno, une ville située au sud de Baga, sur la route qui mène à Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno, les civils ont aussi été prévenus de l'arrivée de Boko Haram et l'information a été relayée à l'armée sans qu'aucune mesure ne soit prise, dénonce Amnesty, qui cite un habitant.

Ces informations sont "erronées", a répondu dans un communiqué le porte-parole de l'armée nigériane, Chris Olukolade.

"Amnesty International aurait pu éviter ces conclusions erronées s'ils avaient fait des efforts suffisants pour vérifier ces informations", a déclaré M. Olukolade.

Les références d'Amnesty International aux activités islamistes pour trouver des failles dans les opérations "de contre-terrorisme de l'armée... sont imprécises et inéquitables", a accusé le porte-parole.

L'armée nigériane a souvent accusé Amnesty d'être une organisation peu fiable et partisane.

Amnesty avait formulé le même type d'accusations contre l'armée au moment de l'attaque de la ville de Chibok, également dans l'Etat de Borno, où plus de 200 lycéennes avaient été enlevées le 14 avril 2014.

L'armée nigériane est très souvent critiquée par les organisations de défense des droits humains, les diplomates occidentaux et de nombreux dirigeants étrangers pour n'avoir pas su juguler l'insurrection islamiste, qui a fait plus de 13.000 morts et 1,5 millions de déplacés au Nigeria en six ans, et pour avoir commis de nombreuses exactions au nom de la lutte contre Boko Haram.   

AFP

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