mis à jour le

Nigeria: la ville de Maiduguri dépassée par l'afflux de déplacés

Au rythme effréné de l'avancée de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, la ville de Maiduguri, qui abrite déjà plus d'un million de déplacés, continue à voir affluer des milliers d'habitants chassés par les violences islamistes.

Un refuge de plus en plus précaire: Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno et berceau historique de l'insurrection, apparaît plus que jamais comme la cible de Boko Haram, qui y a lancé dimanche un nouvel assaut, repoussé par l'armée. 

Le même jour, à environ 130 km au nord, tombait la ville de Monguno, provoquant un nouvel afflux. Quelque 5.000 déplacés, femmes et enfants pour la plupart, sont arrivés lundi à Maiduguri.

"Nous avons marché tout le dimanche à travers la brousse, sans nous arrêter, même la nuit", a raconté Karimu Usman à la presse en arrivant à Maiduguri avec un groupe de 300 personnes.

A Monguno se trouvaient aussi de nombreux déplacés de Baga, ville des rives du lac Tchad conquise par Boko Haram début janvier au terme d'un massacre considéré comme le pire jamais perpétré par le groupe islamiste, faisant au moins des centaines de morts.

Ces déplacés-là ont donc fui à nouveau, alors que les insurgés engrangent les conquêtes territoriales dans le nord-est du pays le plus peuplé d'Afrique, jetant une ombre sur la présidentielle le 14 février.

Pour Faisal Gaal, le coordinateur de Médecins sans frontières (MSF) sur place, la population de Maiduguri atteint un niveau insoutenable, au moment où les ressources viennent à manquer.

Maiduguri, une ville d'environ un million d'habitants, a vu sa population doubler ces derniers mois avec l'arrivée massive de centaines de milliers d'habitants de l'Etat de Borno, chassés de leurs villes et villages par les tueries.

Des notables de la ville avaient estimé en septembre 2014 que Maiduguri accueillait désormais plus de la moitié des 4,1 millions d'habitants de l'Etat de Borno. Depuis lors, les déplacés n'ont pas cessé d'affluer par milliers.

 

- 'Perturbés et affamés' -

 

Il y a eu 7.000 cas de choléra dans la ville entre septembre et décembre, dont la moitié se trouvaient à l'intérieur des camps de déplacés, selon MSF.

A cause des attaques à répétition, il est très difficile, pour les organisations humanitaires, de suivre les déplacés pour répondre à leurs besoins précis, explique M. Gaal, les gens étant ballottés d'une ville à l'autre.

Il donne l'exemple de ce vieil homme qui a erré pendant 17 jours dans la brousse après avoir fui Baga, avant d'être pris en aide par des chasseurs qui l'ont mené jusqu'à Monguno. Mais ensuite "Monguno est tombée" aux mains de Boko Haram et cet humanitaire a perdu la trace du vieil homme.

Les mères, terrifiées à l'idée que leurs jeunes garçons soient enrôlés au sein des milices civiles d'autodéfence, qui prêtent main forte à l'armée dans la lutte contre Boko Haram, usent de stratagèmes pour tenter de les protéger.

Une femme de Monguno "a déguisé son fils en petite fille pour qu'il ne soit pas réquisitionné", raconte M. Gaal.

Les moins chanceux ont perdu leurs parents dans la fuite.

Les mineurs non accompagnés "sont très nombreux (...) et on s'inquiète de leur état psychologique", reconnaît Abubakr Bashir Bakri, le chef de la mission MSF au Nigeria. 

Quant à Saudatu Isufu, une femme ayant fui Monguno, elle s'inquiète pour ceux qui y sont confrontés à une "crise humanitaire" sans qu'aucune organisation ne puisse leur venir en aide, maintenant que la ville est sous contrôle islamiste.

"Les gens coincés là-bas doivent être secourus", a-t-elle imploré à son arrivée à Maiduguri.

A l'entrée de la ville, tous les déplacés sont fouillés et contrôlés, l'armée craignant l'infiltration d'islamistes.

Les travailleurs humanitaires de Maiduguri tentent de porter secours aux déplacés de Monguno, qui ont l'air "perturbés et affamés", selon Abdulkadir Ibrahim, de l'Agence nigériane de secours (Nema). Mais ils sont trop peu nombreux sur le terrain, et ne peuvent déployer d'équipes plus importantes, à cause de la situation sécuritaire.

AFP

Ses derniers articles: Italie: le Ghanéen Muntari (Pescara) quitte le terrain après des cris racistes  Nigeria: enquête pour corruption sur l'influent émir de Kano  Au Maroc, les convertis au christianisme sortent de l'ombre 

deplaces

AFP

Nigeria: 3 morts dans des attaques dans un camp de déplacés

Nigeria: 3 morts dans des attaques dans un camp de déplacés

AFP

Nigeria: le manque d'eau s'ajoute

Nigeria: le manque d'eau s'ajoute

AFP

Cameroun: fuyant Boko Haram, les déplacés veulent juste "

Cameroun: fuyant Boko Haram, les déplacés veulent juste "

Maiduguri

AFP

Nigeria: cinq blessés dans une attaque-suicide

Nigeria: cinq blessés dans une attaque-suicide

AFP

Nigeria: trois kamikazes se tuent près de Maiduguri

Nigeria: trois kamikazes se tuent près de Maiduguri

AFP

Nigeria: 6 morts dans 3 attentats suicides

Nigeria: 6 morts dans 3 attentats suicides

ville

AFP

Soudan du Sud: des combats meurtriers éclatent dans la 2e ville du pays

Soudan du Sud: des combats meurtriers éclatent dans la 2e ville du pays

AFP

Centrafrique: une ville assiégée

Centrafrique: une ville assiégée

AFP

Maroc: manifestation et échauffourées dans une ville du nord

Maroc: manifestation et échauffourées dans une ville du nord