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A 20 ans

"Le vote, je laisse ça aux autres, moi j'ai trop à faire", estime Mobolaji Adebiyi, une Nigériane de 22 ans qui vient de décrocher son premier emploi à Lagos, quand on évoque les élections présidentielle et législatives du 14 février.

La jeune femme au regard pétillant déguste un plat de foutou d'igname dans une cantine populaire, sur un terrain vague coincé entre deux immeubles de bureaux de Victoria Island, le quartier des affaires de la mégalopole nigériane.

Sur tous les murs de la capitale économique du pays le plus peuplé d'Afrique, des posters, par centaines, appellent à voter pour le président sortant, Goodluck Jonathan, ou pour son rival, l'ex-général Muhammadu Buhari, le candidat de l'opposition à la présidentielle.

Mais les compagnons de tablée de Mobolaji, des ouvriers du bâtiment, des cadres, des fonctionnaires, préfèrent évoquer leur tracas du quotidien que de parler politique.

Il est question de corruption, de manque d'accès à l'éducation, de la cherté de la vie au moment où le cours du pétrole, le principal revenu de l'Etat, s'est effondré, entraînant une dévaluation du naira, la monnaie locale, ce qui a fait grimper le prix des produits importés.

"On travaille dur, mais on gagne trop peu. Au 10 de chaque mois, j'ai dépensé mon salaire... Et je n'ai ni eau, ni électricité", se plaint Akin Adeyemi, un électricien de 46 ans.

Parmi les grands maux du Nigeria évoqués, Boko Haram est à peine cité.

Le groupe islamiste perpétue pourtant des massacres quasi quotidiens et s'est emparé de pans entiers de territoire dans le nord-est, à quelque 1.500 km.

"Ce n'est pas qu'on s'en fiche, c'est juste qu'on ne peut rien y faire", regrette Mobolaji en haussant les épaules.

A Lagos, gigantesque patchwork urbain fait de quartiers populaires surpeuplés, de banlieues résidentielles flambant neuves investies par la classe moyenne émergente et de grandes tours modernes où l'on brasse des millions de "pétronairas", les quelque 20 millions d'habitants ont déjà beaucoup à faire avec leurs propres tracas quotidiens.

Dans un pays où 37,5% des Nigérians âgés de moins de 25 ans sont sans emploi (selon le Bureau national des statistiques), Mobolaji sait qu'elle a eu de la chance d'être embauchée comme superviseur dans le bâtiment pour 45.000 nairas (environ 200 euros) par mois, grâce à son père, employé dans le même secteur. 

A Lagos, "il faut se battre" et "travailler dur" pour se faire une place, répète-t-elle comme un leitmotiv. 

 

- 'Si on ne se bat pas, on n'a rien' -

 

A quelques rues de là, sur Akin Adesola, une avenue perforée de nids de poule mais bordée de vitrines de luxe qui proposent des costumes italiens sur mesure et des Porsche rutilantes, Morgan Ekezie n'a pas non plus le temps de parler de politique ou des violences islamistes.

A 23 ans, ce serveur a déjà l'impression d'avoir fait un bout de chemin dans la vie depuis qu'il a quitté sa ville natale de Makurdi, dans le centre du pays.

Son rêve: travailler dans la mode. Pour l'instant, il sert des cafés dans un établissement branché, de 7h à 20h, et se fait héberger dans la guérite d'un de ses amis agent de sécurité. 

Sur les 30.000 nairas (135 euros) qu'il gagne chaque mois, il met presque tout de côté pour se payer des études supérieures.

"A Lagos, si on ne se bat pas, on n'a rien. C'est ça l'état d'esprit ici", répète-t-il lui aussi, en préparant un cappuccino.

Les idoles de Morgan et Mobilaji sont nigérians. Mais ils ne font pas de politique.

Morgan écoute en boucle les tubes du chanteur 2faceIdibia, qui parlent de femmes et de réussite sociale, parce qu'ils lui donnent "du courage".

Son héros ? Le milliardaire Mike Adenuga, deuxième homme le plus riche du pays, avec des activités dans les télécommunications et le pétrole, "parce qu'il s'est fait tout seul".

Mobilaji admire l'actrice Omotola Jalade, plus connue de ses fans par son petit nom, "Omosexy", grande star de Nollywood, qui figure dans le classement 2013 des 100 personnalités les plus influentes du monde du magazine Time.

Quand on lui demande quel est son rêve, la jeune fille lâche dans un soupir "on peut toujours rêver. Mais ici on ne sait jamais de quoi demain sera fait".

 

AFP

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