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Une somalienne pleure son enfant mort de malnutrition, Mogadiscio. REUTERS/Feisal Omar.
Une somalienne pleure son enfant mort de malnutrition, Mogadiscio. REUTERS/Feisal Omar.

Les larmes de la Somalie

La Turquie redouble d’efforts pour soulager la famine en Somalie. Le reste du monde serait bien inspiré d’en faire autant.

La sécheresse et la famine qui frappent la Somalie sont les plus graves depuis 60 ans. Elles ont déjà causé la mort de dizaines de milliers de personnes et mettent en danger la vie de 750.000 autres Somaliens. Cette crise met à l'épreuve notre civilisation et nos valeurs modernes. Elle révèle, une fois de plus, que la coopération et la solidarité internationales pour améliorer le sort de ceux qui subissent des catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme, constituent une obligation humaine de base.

Abandon

Considérer que la situation critique de la Somalie n’est due qu’à une grave catastrophe naturelle n’a rien de réaliste. Nous ne pouvons ignorer qu’en plus de la sécheresse, le choix de la communauté internationale d’abandonner la Somalie à son sort est l’un des facteurs de ce drame. Vingt années d’instabilité politique et sociale, d’anarchie et de chaos ont énormément aggravé les problèmes de la Somalie. L’épouvantable attentat au camion piégé qui a visé le complexe ministériel du Gouvernement fédéral de transition le 4 octobre en est la dernière preuve en date. La communauté internationale ne doit pas répondre à cet acte de terrorisme en se retirant de Somalie, mais en redoublant d’efforts pour apporter une aide à son peuple.

Un tel drame, quel que soit le lieu sur Terre où il se déroule et quel que soit le peuple qui le subisse, ne peut laisser indifférent aucun être doué de conscience et de sens commun. Une intervention urgente de notre part, en tant que membres responsables de la communauté internationale, peut contribuer à soulager le malheur du peuple somalien. Cependant, la mise en place d’une paix et d’une stabilité durables ne sera possible qu’au moyen d’efforts coordonnés à long terme et de grande portée.

Les turcs généreux

La Turquie s’est mobilisée le mois dernier pour aider à mettre un terme à ces souffrances. Nous considérons cette solidarité comme une obligation humanitaire envers le peuple de Somalie, avec lequel nous entretenons de profondes relations historiques. Nombre de nos institutions, ONG et citoyens de tous âges ont fourni un effort extraordinaire pour soulager la souffrance des femmes et des enfants somaliens. Nous sommes fiers de la sensibilité et de la coopération manifestées par le peuple turc pendant le mois sacré du ramadan. Rien que le mois dernier, environ 280 millions de dollars [200 millions d'euros] de dons pour la Somalie ont été collectés en Turquie. La générosité du peuple turc a servi d’exemple aux autres pays donateurs ainsi qu’à la communauté internationale, offrant la possibilité d’un espoir pour la résolution de la crise en Somalie.

Le gouvernement turc a entrepris des démarches décisives pour contribuer à soulager cette crise humanitaire. Il a pris l’initiative de convoquer une réunion d’urgence du comité exécutif de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) au niveau ministériel le 17 août. Lors de cette réunion, à laquelle ont assisté le président somalien et de hauts représentants de 40 pays membres de l’OCI, des promesses de dons d’une valeur de 350 millions de dollars [250 millions d'euros] ont été faites pour aider à soulager la famine en Somalie, et les participants ont accepté d’augmenter ce montant à un demi-milliard de dollars [360 millions d'euros]. Le Croissant rouge turc collabore aussi étroitement avec des organisations humanitaires internationales et veille à répondre aux besoins des réfugiés des camps de la région de Mogadiscio.

Après la réunion d’urgence du comité exécutif de l’OCI, je me suis rendu—avec un certain nombre de ministres turcs, quelques députés, hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, artistes et familles—en Somalie le 19 août, pour dire à ses habitants qu’ils n’étaient pas abandonnés. Nous avons visité les camps. Nous avons essayé d’insuffler un espoir et d’encourager des gens qui vivent dans des conditions bien différentes des nôtres. Nous avons pris acte de l’absence de visites de grands dirigeants de pays non-africains en Somalie, au cours des 20 dernières années, et nous en avons informé la communauté internationale.

Une ambassade turque pour coordonner l'aide 

La Turquie a décidé de lancer un effort humanitaire de taille pour un retour à la vie normale à Mogadiscio. Dans ce but, nous nous préparons à fournir une aide dans les domaines de la santé, de l’éducation et des transports. Nous allons inaugurer un hôpital de 400 lits, fournir des camions poubelles pour les rues de Mogadiscio, construire un centre d’incinération des ordures accumulées dans la rue, bitumer la route entre l’aéroport de Mogadiscio et le centre-ville, rénover le parlement et d’autres bâtiments gouvernementaux, creuser des puits et développer l’organisation de zones agricoles et d’élevage. Notre ambassade, qui sera ouverte à Mogadiscio sous peu, sous la direction d’un ambassadeur qui connaît bien la région et le domaine de l’aide humanitaire, coordonnera ces activités.

Dans le cadre de notre contribution aux efforts de paix et de stabilité, nous travaillerons avec le Gouvernement fédéral de transition et d’autres institutions en Somalie afin de mettre en marche le processus de développement de ce pays en miettes. Dans ce but, nous attendons de toutes les autorités somaliennes qu’elles fassent preuve d’un effort d’unité, d’intégrité et d’harmonie hors du commun.

Le succès des opérations humanitaires est directement lié à l’instauration de la sécurité. Le retrait de Mogadiscio de forces armées de l’organisation Al-Shabbaab est clairement positif pour la sécurité de la région. Mais ce n’est pas suffisant. Transférer à Mogadiscio les bureaux de l’ONU liés à la Somalie qui sont actuellement situés à Nairobi constituera une étape positive de soutien de ce processus, à entreprendre sans délai.

Un appel aux pays voisins

Les pays voisins comme l’Éthiopie et le Kenya portent une responsabilité particulière en ce qui concerne le rétablissement de la paix et de la stabilité en Somalie. L’Autorité intergouvernementale pour le développement et l’Union africaine partagent aussi cette responsabilité, et peuvent compter sur le soutien de la Turquie. En conformité avec le processus de paix de Djibouti, le Gouvernement fédéral de transition somalien doit intensifier ses efforts de réconciliation en maintenant le dialogue avec tous les groupes combattants et promettre fraternité, ordre et prospérité en échange de la paix.

La contribution militaire, visant à éviter le chaos et la terreur, fournie par l’Ouganda et le Burundi au sein de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) mérite d’être appréciée à sa juste valeur. Je voudrais saisir cette opportunité pour lancer un appel à tous les pays voisins, y compris l’Érythrée, afin qu’ils intensifient leurs efforts actuels pour ramener la paix et la sécurité en Somalie et consolident la stabilité régionale à long terme.

Dans la culture turque, il est d’usage de croire que quelque chose de positif naîtra de toute mauvaise expérience. En Somalie aussi, cette catastrophe peut marquer le début d’un nouveau cycle, en concentrant les efforts humanitaires internationaux et l’attention mondiale sur la situation critique de la région. Cependant, cette situation ne sera viable que si nous continuons à être sensibles aux besoins du peuple somalien.

Les larmes qui coulent des sables dorés de la Somalie dans l’océan Indien doivent se tarir. Elles doivent être remplacées par les voix pleines d’espoir d’un pays où l’on ne meurt pas de faim et dont les habitants expriment leur désir de se développer et de rétablir la paix et la stabilité. Quelle que soit la culture de laquelle nous sommes issus, ou le pays où nous vivons, je suis certain que notre humanité nous poussera à alléger les souffrances de la Somalie.

Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc.

Traduit par Bérengère Viennot

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Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

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