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RDC: deuxième journée de violences

Kinshasa connaissait mardi une deuxième journée de violences entre policiers et jeunes hostiles au président Joseph Kabila, que l'opposition accuse de chercher à se maintenir au pouvoir grâce à une nouvelle loi électorale controversée.

Alors que des émeutiers incendiaient mardi après-midi une mairie à Kinshasa, l'opposant historique de Kabila, Etienne Tshisekedi, a lancé depuis Bruxelles un appel à chasser le "régime finissant" de l'homme fort de Kinshasa.

Kinshasa était le théâtre de nombreuses scènes de pillages, observées par des journalistes de l'AFP ou rapportées par des témoins, dans plusieurs quartiers du sud et de l'ouest de la capitale.

Dans l'après-midi, une centaine de jeunes émeutiers ont pris d'assaut puis mis le feu à la mairie de la commune de Ngaba, un quartier sud de Kinshasa, et sont restés plus d'une demi-heure à regarder l'incendie ravager ce bâtiment symbole de l'Etat. Les forces de l'ordre étaient absentes, et les rues alentour désertes.

"Nous sommes fatigués de Kabila. Il faut qu'il parte", a déclaré à l'AFP un protestataire.

Kinshasa était mardi privée d'internet, coupé sur ordre des autorités. Les envois de sms étaient impossibles depuis le début de la matinée de mardi et les services 3G indisponibles.

Le projet de loi électorale examiné mardi par le Sénat, et déjà approuvé samedi par les députés, lie la tenue des prochaines élections législatives et présidentielle à la réalisation d'un recensement général devant commencer cette année.

L'opposition dénonce un "coup d'Etat constitutionnel" du président Kabila, au pouvoir depuis 2001, pour se maintenir à son poste au-delà de 2016, alors que la Constitution lui interdit de se représenter.

Le gouvernement argue que le nouveau décompte des habitants assurera aux élections un caractère pleinement représentatif, mais l'opposition s'inquiète du temps que cela prendra. Le dernier recensement général remonte à 1984. 

Le gouvernement a reconnu que le projet de loi risquait d'entraîner un report de la présidentielle censée avoir lieu fin 2016.

Joseph Kabila est arrivé à la tête de l'État par succession héréditaire à la mort de son père, Laurent-Désiré Kabila, chef rebelle ayant pris le pouvoir par les armes. Il a été élu président en 2006 lors des premières élections libres du pays depuis son indépendance de la Belgique en 1960.

De Bruxelles, où il se trouve en convalescence depuis le mois d'août, l'opposant congolais Etienne Tshisekedi a lancé un "appel solennel" au peuple pour contraindre le "régime finissant" du président Kabila à "quitter le pouvoir".

"Le régime d'imposture, en place à Kinshasa, ne cesse de multiplier les actes irresponsables de provocation, plongeant ainsi la nation dans une impasse totale qui risque d'installer un climat de chaos généralisé", avertit M. Tshisekedi, qui assure n'avoir "jamais cessé" de demander au peuple de se "mobiliser pour réclamer pacifiquement ce qui lui revient".

A Kisnhasa, une vingtaine de personnes au moins ont été arrêtées mardi par l'armée et la police en lien avec les violences. De nombreux renforts de militaires et de policiers se sont dirigés vers le sud de la ville où étaient signalés des affrontements.

Le riche quartier de la Gombe qui abrite l'administration, ministères et ambassades, ne semblait pas touché par les troubles, qui avaient commencé dès le matin avec la constitution de barrages de pneux enflammés sur plusieurs axes. 

Interrogé par l'AFP, le porte-parole de la police a indiqué qu'il ne communiquerait pas avant la soirée.

 

- 'Occuper massivement le Parlement' -

 

Comme la veille, on signalait un rassemblement d'étudiants près de l'université de Kinshasa, mais les abords du quartier étaient bouclés par les forces de l'ordre et l'accès en était impossible.

Lundi, la police avait ouvert le feu sur les étudiants pour les disperser.

Au total, les autorités ont dénombré quatre morts lundi (deux policiers et deux "pilleurs"), mais selon l'opposition et un diplomate, il pourrait y en avoir eu bien plus, jusqu'à une quinzaine.

Les violences de lundi ont eu lieu alors qu'un collectif d'opposants avait appelé la population de Kinshasa à "occuper massivement le Parlement" pour dénoncer le projet de révision de la loi électorale, approuvée samedi par les députés, en l'absence de la quasi-totalité des élus de l'opposition, qui boycottent les débats.

La compagnie aérienne Air France a annulé son vol aller-retour Paris-Kinshasa mardi "en raison de la dégradation de la situation". 

"Le vol Air France Paris-Kinshasa a été reporté" à mercredi, a indiqué une porte-parole de la compagnie, précisant qu'il ne partirait que si les conditions de sécurité sont réunies.

AFP

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