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Malawi: les rescapés des inondations crient famine

Nsanje, chef-lieu de district dans le sud du Malawi, a tout perdu dans les inondations hors norme qui ravagent le pays. Ecoles, maisons, jardins vivriers, tout est sous l'eau à part quelques îlots où les rescapés survivent le ventre creux dans des conditions précaires.

"On n'a rien, on a tout perdu. Les écoles ont tout perdu", explique Bright Chipojola, le directeur d'une école de Chambulika, village de pêcheurs dans ce district le plus touché par la catastrophe qui a fait au moins 176 morts et 200.000 sans abris au plan national. 

"Vous voyez là-bas", dit-il. "Jusqu'à lundi dernier, il n'y avait pas de lac".

Inutile de dire que les enfants ne vont plus en classe jusqu'à nouvel ordre.

Le bourdonnement d'un hélicoptère brise le silence. Des visages s'illuminent, tout le monde court vers le préau d'un bâtiment scolaire qui a échappé à la brusque montée des eaux. L'appareil livre une cargaison de farine de maïs, la base de l'alimentation locale.

C'est le même hélicoptère militaire qui a sauvé plusieurs personnes la semaine dernière mais pas tout le monde: certains habitants sont encore perchés là où ils le peuvent, désespérés de négocier un passage en barque avec ceux qui n'ont pas perdu la leur.

L'hélicoptère effectue deux rotations, lâche des couvertures et 80 sacs de farine --l'équivalent d'un repas par famille.

Mais ce n'est pas assez, souligne Modesta Basikolo, responsable du comité de protection civile qui improvise des hébergements pour les sinistrés, tous traumatisés par la rapidité de la montée des eaux et la vue de corps noyés emportés par le courant.

"Les gens survivent à peine. C'est dur ici", ajoute Mme Basikolo. Le gouvernement et les ONG ont été "trop lents à réagir (...). Un hélicoptère peut-il apporter assez à manger pour tout le monde ici ?".

"Nous supplions le gouvernement de traiter ça comme une urgence. Nous n'avons pas mangé depuis plusieurs jours depuis qu'on a été sauvés", dit Matemba Bauleni, un cultivateur de riz, 63 ans, sauvé par bateau avec deux de ses petits-enfants.

 

- 'C'était l'enfer' -

 

Nsanje est accessible par les airs ou en 4x4, mais le voyage est très long pour parcourir par la route les 200 kilomètres depuis la capitale économique Blantyre plus au nord, et les camions qui auraient dû acheminer l'aide ne passent pas.

Dans l'école où a lieu la distribution de nourriture, les salles de classe ont été transformées en dortoir mais il n'y a ni ustensiles ni bois de chauffe pour cuisiner, ni eau courante. Les gens dorment à même le ciment et se soulagent dans des latrines de fortune creusées dehors.

Médecins sans Frontières Belgique, que l'AFP a accompagné sur place, s'inquiète du manque d'eau propre. "On s'attend à des maladies (...) l'éducation à la santé est fondamentale, car un seul cas de rougeole équivaut à une épidémie", souligne Paul Puleni, coordinateur médical de MSF.

La saison des pluies fait souvent des dégâts dans cette région bordant le Mozambique. 

Mais "c'était l'enfer cette fois", dit Eliza Gift, 21 ans. "En une heure, toute la région où il y avait des villages, nos jardins, nos écoles est devenue un lac. Nous avons vu des gens emportés pendant que moi, mon mari et mon enfant, on est restés accrochés dans un arbre pendant deux jours", dit-elle.

Elle raconte comment son mari a supplié le propriétaire d'une barque pour les évacuer contre la promesse de dix dollars, une petite fortune que ce dernier a accepté qu'ils payent plus tard.

"Il y a encore des gens en rade là-bas, en hauteur mais ces propriétaires de barques veulent d'abord l'argent. C'est une situation désespérée", dit-elle.

"Je n'en croyais pas mes yeux, ça me hante toujours", confie un pêcheur Jossam Mangawe, 44 ans. Un collègue Medison Manuel, 28 ans, ajoute: "Avec mon bateau qui a été emporté, ma vie est fichue. Je ne sais pas comment je vais faire pour survivre".

 

AFP

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