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Niger: le Français Michel Llebres n'a "pas peur"

Son restaurant "le Toulousain", avait déjà vécu une prise d'otages, il est désormais carbonisé: malgré les violentes manifestations de samedi à Niamey contre Charlie Hebdo, Michel Llebres, Français résidant depuis 17 ans au Niger, restera dans le pays.

"Si on part, ça veut dire qu'on abandonne et qu'on a peur. Moi je n'ai pas peur", affirme cet ancien militaire de 70 ans, basé pendant sa carrière en Mauritanie avant de prendre sa retraite au Niger.

Les évènements vécus par son "maquis" (restaurant de plein air) situé au Plateau, l'un des quartiers les plus sécurisés de Niamey - où se trouvent notamment la présidence, une garnison de la gendarmerie et la garde nationale - en auraient pourtant refroidi plus d'un.

Le 7 janvier 2011, c'est au "Toulousain" que font irruption des hommes armés pour kidnapper, devant une clientèle paniquée, deux jeunes Français âgés de 25 ans, dont l'un n'était arrivé que quelques heures auparavant au Niger pour assister au mariage de l'autre.

La mort, le lendemain, des deux otages, vraisemblablement tués par leurs ravisseurs qui étaient poursuivis par les forces spéciales françaises, avait anéanti la communauté expatriée.

Sept étrangers, dont cinq Français, avaient déjà été séquestrés en septembre 2010 à Arlit (nord), sur un site d'extraction d'uranium d'Areva. Tous sont désormais libres. Quatre des otages ont passé plus de trois années en détention.

"Il y a des Français qui ont ensuite quitté le pays. Mais certains sont revenus", observe Michel Llebres, interrogé au téléphone par l'AFP.

 

- Radicalisation -

 

A peine trois ans après ces dures épreuves, rien ou presque ne subsiste de son maquis. Considéré comme une institution à Niamey, le restaurant a été incendié samedi.

Des groupes de 200 à 300 jeunes, selon une source sécuritaire, ont fait alors une razzia sur la capitale pour protester contre la caricature de Mahomet publiée en Une de l'hebdomadaire français Charlie Hebdo. De nombreux bars, hôtels et autres commerces appartenant à des non-musulmans ont été méthodiquement détruits.

Cinq civils ont été tués et au moins 10 églises ont brûlé.

Les expatriés, en particulier les Français, ont été appelés par leurs ambassades à rester chez eux.

"On n'a pas eu peur. On connaissait les pratiques au Niger. On savait qu'on ne serait pas attaqués à nos domiciles", explique l'un d'entre eux, pourtant surpris par le bilan humain des émeutes. 

"Les habitudes changent au Niger, même dans les manifestations, dont le pays est coutumier. Il y a 10 ans, avoir cinq morts dans ce genre d'évènement aurait été impensable", observe ce travailleur humanitaire sous couvert d'anonymat, dont la première expérience nigérienne date de 1991.

La radicalisation religieuse, selon lui incontestable, "au-delà du cliché sur le voile", en est en partie responsable. "A mon arrivée au Niger, on serrait la main à tout le monde", se souvient-il. "Mais ces dernières années, dans des ministères, il m'est arrivé que des femmes refusent de me serrer la main."

Il faudra attendre un peu de temps avant qu'elles ne s'y risquent - ou pas - au Toulousain, où seules l'antenne parabolique et les tables et chaises en métal semblent avoir survécu au passage des flammes.

Les jolies paillottes qui abritaient encore vendredi les clients du pesant soleil nigérien sont parties en fumée. Le bar a fortement souffert.

"Il y a beaucoup de dégâts. Mais c'est récupérable", estime M. Llebres, optimiste. Marié à une Nigérienne et père d'un petit garçon franco-nigérien, le départ n'est pour lui pas une éventualité: "Je vais réparer puis continuer. Je vais rester au Niger".

 

AFP

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