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Charlie Hebdo: un centre culturel français incendié au Niger

Zinder, deuxième ville du Niger, a connu un "vendredi noir": le Centre culturel français a été incendié et trois églises saccagées par des manifestants hostiles à la publication d'une caricature du prophète Mahomet en Une de l'hebdomadaire Charlie Hhebdo.

Juste après la prière de vendredi, "une marée humaine a déversé sa colère dans les rues de Zinder (sud) pour protester contre la caricature du prophète Mahomet", a raconté Amadou Mamane, journaliste indépendant à Zinder.

Des SMS circulaient depuis la veille pour manifester à la sortie des mosquées. Le même mot d'ordre, transmis pendant les offices religieux, a été suivi par des milliers de personnes, selon une source officielle.

Les manifestants, qui selon M. Mamane étaient "essentiellement des jeunes, dont certains circulaient à moto en agitant de petits drapeaux blancs", la couleur de l'islam, se sont précipités sur le Centre culturel franco-nigérien (CCFN).

Une cinquantaine d'entre eux a "cassé la porte" d'entrée du complexe vers 13H30 (12H30 GMT), malgré des "tirs de sommation" de "deux policiers" présents pour protéger le bâtiment, a déclaré à l'AFP Kaoumi Bawa, le directeur du CCFN de Zinder.

Puis ils ont mis le feu à la cafétéria, puis la médiathèque et des locaux administratifs du Centre, a-t-il poursuivi. "Ca brûle encore. Les pompiers ne sont jamais venus", a regretté M. Bawa, "en colère", qui "essaie de sauver ce qui pourrait l'être".

Le manifestants, qui étaient encore actifs à 18H45 (17H45 GMT), alors que des gendarmes sont venus prêter main-forte aux policiers pour sécuriser la ville, se sont ensuite attaqués à des lieux de culte non musulmans.

Trois églises, une catholique et deux évangéliques, ont été saccagées, selon les autorités de Zinder, ville située dans le sud, non loin de la frontière avec le Nigeria.

"On n'a jamais vu ça à Zinder", a indiqué une source administrative. "C'est un vendredi noir".

D'après cette source, le siège d'un parti au pouvoir a également été incendié, ainsi que plusieurs bars et débits de boisson.

 

- Centre-ville 'méconnaissable' -

 

"Le centre-ville de Zinder est méconnaissable. Au cri de Allah Akbar (Allah est le plus grand), les manifestants en très grand nombre ont brûlé des pneus partout", a témoigné un commerçant joint au téléphone.

"Des débris de bouteilles, des pneus enflammés et des blocs de pierre jonchent encore certaines rues", a décrit un autre journaliste.

Le Niger, comme le Sénégal, avait pourtant interdit la diffusion du dernier numéro de Charlie hebdo, qualifié de "provocation injurieuse et totalement inacceptable", afin de ne pas heurter sa population en grande majorité musulmane.

Mais les manifestants de Zinder ont été violents, contrairement au millier de Sénégalais ayant manifesté vendredi devant l'ambassade de France à Dakar, où un drapeau français a été brûlé.

Des milliers de protestataires ont également marché en Mauritanie, ainsi qu'en Algérie. Hors d'Afrique, des manifestations se sont tenues dans plusieurs pays musulmans, dont la Jordanie.

Si la bannière tricolore a été brûlée par des Palestiniens à Jérusalem, la contestation a tourné à l'affrontement devant le consulat français à Karachi (Pakistan), où un photographe de l'AFP a été grièvement blessé.

Zinder, ancienne capitale du Niger, avait déjà connu de tels débordements en septembre 2012. Son église catholique, la plus grande du pays, avait été totalement saccagée par des manifestants qui protestaient alors contre un film dénigrant l'islam, réalisé aux Etats-Unis.

Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, fait partie des six chefs d'Etat africains qui ont participé à la Marche républicaine le 11 janvier à Paris, après l'attaque terroriste qui avait décimé la rédaction de l'hebdomadaire français Charlie hebdo.

"Nous sommes tous Charlie", a récemment déclaré M. Issoufou sur les ondes, une prise de position fortement critiquée par des associations musulmanes et des ONG locales.

"Sa participation" à la marche "procède de son engagement contre le terrorisme et pour la liberté" et "ne signifie nullement un quelconque soutien aux dérives qui peuvent découler d'une certaine conception de la liberté de presse", avait corrigé jeudi Marou Amadou, le porte-parole du gouvernement.

AFP

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