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Hommage au correcteur de Charlie Hebdo dans son village natal en Algérie

Il voulait se faire oublier sur la colline qui l'a vu naître quatre mois avant le début de la guerre d'Algérie en 1954. Le correcteur de Charlie Hebdo, Mustapha Ourrad, tué le 7 janvier, est revenu en Kabylie à travers un hommage rendu selon les rites musulmans.

"Il voulait rester anonyme mais il a eu une mort qui l'a rendu célèbre. Il voulait être oublié mais nous ne l'oublierons plus jamais", observe son cousin Djafar qui a grandi avec lui.

Jeudi soir, il "est revenu parmi les siens" dans la commune de Beni-Yenni au sein d'une assemblée qui s'est réunie pour une veillée en hommage au jeune étudiant qui s'est exilé il y a plus de 30 ans, avec comme seul viatique sa gentillesse et son amour des livres.

Jeudi soir, il ne manquait que son corps à ensevelir dans la terre ingrate. Il sera inhumé vendredi au Père-Lachaise à Paris.

Dans la maison familiale où il n'y a plus que des cousins, les ikhwane (troupe de chants religieux) ont chanté les louanges d'Allah et du prophète de l'islam. Les femmes ont pleuré. Un repas a été servi aux dizaines de personnes qui se sont présentées. Exactement comme si Mustapha était mort parmi les siens. Une prière de l'absent a été célébrée à sa mémoire selon un rite musulman.

Jusqu'à son départ d'Algérie en 1981, Mustapha n'avait jamais exprimé la moindre défiance envers l'islam. "La religion était quelque chose de très sérieux en ce temps là. Une affaire d'adultes sages et savants. Mustapha avait la foi. Comme nous tous, il ne faisait pas la prière mais, très jeune, il avait commencé à observer le jeune du ramadan."

Aurait-il renoncé à sa foi après son arrivée en France ? Au village, personne n'a jamais rien entendu de tel. Mais personne ne peut le certifier parce qu'il avait quasiment rompu le contact avec les villageois.

"Pendant les quatre premières années de son exil, il a envoyé quelques lettres puis, plus rien", selon un proche. 

- 'Mustapha Baudelaire' -

Orphelin de mère à deux ans et de père à sept ans, Mustapha a été élevé par ses grands-parents puis par des oncles. Il avait une soeur qui vit dans la région d'Alger.

Excellent écolier, il a fait ses études secondaires chez les Pères Blancs. D'abord dans son propre village où les missionnaires avaient érigé un collège puis à Alger dans un lycée fréquenté alors par les enfants de la nomenklatura.

Le bac obtenu avec mention, il suivit pendant deux années des études de médecine avant de s'exiler en France.

"Il préférait la littérature et la philosophie", se souviennent ses anciens camarades de classe qui lui donneront le surnom de Mustapha Baudelaire. Selon eux, sont goût pour la lecture s'était révélé dès son très jeune âge. "Il avait toujours un livre entre les mains même quand il gardait les vaches."

L'enfant né dans un village de bijoutiers aimait jouer de formules ciselées et de bons mots. Il aimait Georges Brassens et son équivalent kabyle Lounis Ait-Menguellet. A son fils âgé de 17 ans, il donnera d'ailleurs le prénom de Lounis et à sa fille, 22 ans, celui de Louiza, le titre d'une complainte amoureuse du même Ait-Menguellet.

Sous un ciel étoilé mais de glace, des jeunes habitants de tout âge portaient une pancarte. "Je suis Charlie, je suis Mustapha."

"Il était tellement habité par la paix qu'il ne s'est jamais bagarré", soupire un de ses cousins.

"Il a échappé à la décennie noire" de guerre civile en Algérie. "Elle l'a rattrapé en France", où il a été assassiné par des jeunes Français de parents algériens, pleure un autre.

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