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Nigeria: Boko Haram pèse sur la campagne présidentielle

Le Nigeria, première économie et pays le plus peuplé d'Afrique, entre en campagne présidentielle dans un contexte d'escalade des attaques de Boko Haram, qui contrôle de vastes territoires du nord-est où des milliers d'électeurs ne pourront pas voter mi-février.

Entre la menace sécuritaire et la chute des cours du pétrole, crucial pour l'économie, le duel s'annonce serré le 14 février entre le président sortant Goodluck Jonathan, 57 ans, et l'ancien dictateur militaire Muhammadu Buhari, 72 ans, candidat pour la quatrième fois. Pour certains observateurs, un second tour pourrait être nécessaire.

L'insécurité est le thème central de la campagne: le groupe islamiste armé Boko Haram s'est emparé de vastes territoires et poursuit ses attaques sanglantes quasi quotidiennement dans le nord-est, dont le récent massacre le 3 janvier à Baga, grand carrefour commercial situé sur les rives du lac Tchad - sans doute sa tuerie la plus meurtrière avec des centaines, voire des milliers de morts. 

La commission électorale indépendante (INEC) a d'ailleurs prévenu, mardi, que la tenue des scrutins - présidentiel, mais aussi législatifs - était "peu probable" dans les zones contrôlées par les islamistes, que des centaines de milliers de personnes ont fuies.

Les résultats de cette élection, présentée par les experts comme la plus serrée depuis le retour à la démocratie au Nigeria en 1999, pourraient être remis en cause si des dizaines, voire des centaines de milliers de citoyens sont de fait privés de leur droit de vote.

"On a l'impression que l'on se dirige tout droit vers une contestation en justice des résultats", estime le commentateur politique Chris Ngwodo.

M. Jonathan, qui dirige le Nigeria depuis la mort de son prédécesseur Umaru Yar'Adua en 2010, est très critiqué pour n'avoir pas su juguler l'insurrection islamiste, qui a fait plus de 13.000 morts et 1,5 million de déplacés depuis son début en 2009.

Le président ne peut pas non plus compter sur son bilan économique. 

Le Nigeria est devenu l'année dernière la première économie africaine, grâce à un changement du mode de calcul du PIB, mais plus de la moitié des 178 millions d'habitants vivent toujours dans la pauvreté, sans accès aux infrastructures de base.

Quant aux revenus du pétrole, principale ressource du pays, ils sont siphonnés par l'élite dirigeante corrompue.

De plus, les recettes de l'Etat ont fondu avec la chute historique des cours du pétrole, contraignant le gouvernement à prendre des mesures d'austérité et dévaluer la monnaie, ce qui plombe encore M. Jonathan.

Face à lui, l'ex-général Buhari, qui a marqué les esprits pour sa "guerre contre l'indiscipline" durant son bref règne (1983-1985) à la tête d'une junte militaire, est vu comme un "chevalier blanc" anticorruption.

Mais hormis sa poigne de fer, le candidat du Congrès progressiste (APC, opposition) n'a présenté aucun programme économique jusqu'à présent, rappelle l'économiste Bismark Rewane.

 

- L'opposition a une chance -

 

Au lieu de s'affronter sur leurs idées, M. Jonathan, le chrétien du sud, et M. Buhari, le musulman du nord, se livrent à une campagne politicienne.

Le Parti démocratique du Peuple (PDP, au pouvoir) dépeint M. Buhari comme un "dangereux" homme du passé "incapable de tolérer des dissidents". 

Certains l'ont traité d'islamiste, ce qu'il réfute, et accusé de n'avoir pas fini ses études secondaires - un motif d'inégibilité.

L'opposition, de son côté, prétend être la cible d'une violente chasse aux sorcières, notamment depuis le saccage de ses bureaux de Lagos par les services secrets, il y a quelques semaines.

Aucun sondage indépendant ne permet d'évaluer la popularité des deux hommes mais pour de nombreux observateurs, l'APC, qui rassemble quatre partis d'opposition, a une chance de faire tomber le PDP, au pouvoir depuis 1999.

L'APC tient notamment trois villes-clés à l'échelle du pays: Lagos, la capitale économique, la ville pétrolifère de Port Harcourt, dans le sud, et Kano, la plus grande ville du nord.

M. Jonathan reste favori "a cause du pouvoir du président sortant", habitué à mobiliser les fonds nécessaires pour assurer sa réélection, estime le professeur de sciences politiques Jideofor Adibe.

Mais s'il veut être réélu, il doit "trouver un moyen de stopper la dynamique pour l'instant en faveur de l'APC et il doit agir vite", ajoute-t-il.

 

AFP

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