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Nigeria:

Quand Borye Kime est revenu dans Baga à la faveur de la nuit, progressant à la lueur de la lune, il a vu sa ville en ruines, et des "corps partout", ceux des habitants massacrés par les combattants islamistes nigérians de Boko Haram.

"Toute la ville empeste l'odeur des cadavres en décomposition" a rapporté ce pêcheur de 40 ans à l'AFP par téléphone.

Borye Kime s'était enfui au Tchad voisin avec des milliers d'autres personnes le 3 janvier quand les insurgés islamistes ont attaqué Baga, un grand carrefour commercial régional situé à l'extrême nord-est du Nigeria.

Venus en grand nombre et lourdement armés, les combattants de Boko Haram ont pris la ville et l'importante base militaire qui s'y trouvait. Les jours suivants, la ville entière a été rasée ainsi qu'une quinzaine de villages aux alentours.

Les détails sur la prise de Baga, qui émergent petit à petit, laissent penser qu'il s'agit de la tuerie la plus meurtrière depuis le début de l'insurrection islamiste au Nigeria en 2009, qui a fait 13.000 morts.

Samedi, Yanaye Grema, un habitant terré pendant trois jours entre un mur et la maison de son voisin au moment où la ville était prise d'assaut, a raconté à l'AFP avoir "marché sur des corps pendant cinq kilomètres" quand il a enfin pu fuir pour se réfugier dans la brousse.

Des témoins ont aussi rapporté à Amnesty International avoir vu les insurgés faire du porte-à-porte dans la ville, sortant les jeunes hommes en âge de combattre pour les abattre ensuite dans la rue.

"C'est en se basant sur les récits de ces témoins visuels que nous pouvons affirmer que plusieurs centaines de civils ont été tués si ce n'est plus", explique Daniel Eyre, spécialiste du Nigeria pour Amnesty.

 

- "Les soldats ont jeté leurs armes pour fuir" -

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, plus d'une semaine après la prise de la ville, Borye Kime a traversé le lac Tchad à la rame pour revenir chercher ses économies, cachées dans sa maison détruite.

Il savait qu'il prenait de gros risques en revenant à Baga. "J'ai d'abord essayé d'entrer par le nord, mais j'ai vu des lampes torches et j'ai entendu des gens parler. J'ai pu discerner, par les ombres, que c'était des barricades de Boko Haram", raconte-t-il.

"J'ai essayé d'approcher par l'est mais une fois de plus, j'ai vu des lampes torches près d'une école primaire. C'était un autre poste de contrôle".

"Je me suis éloigné, et je suis entré dans la ville par le marché au bétail. J'ai vu des corps entassés partout. C'était vraiment une scène de massacre".

Sa propre maison a été détruite par les flammes, mais il a pu y récupérer son argent, dans la cachette où il l'avait laissé.

"Je ne suis pas resté plus de dix minutes. A 3 heures, j'étais sur le canoë en train de ramer en direction de Dubuwa", un village du Tchad voisin, raconte-t-il.

"Ce n'est que sur le chemin du retour que la peur m'a pris aux tripes. J'ai réalisé à quel danger immense je m'étais exposé".

Le porte-parole des armées nigérianes, le général Chris Olukolade, a assuré qu'une riposte militaire était prévue. Vendredi, un porte-parole du gouvernement, Mike Omeri, avait affirmé que l'armée "poursuivait activement" les islamistes.

Mais M. Kime assure qu'il n'y a "pas un soldat à Baga". D'autres témoins affirment que la ville a été abandonnée par l'armée quand Boko Haram est arrivé.

"Les milices d'autodéfense ont combattu un moment puis elles se sont retirées, parce qu'elles ne faisaient pas le poids face aux armes de Boko Haram" raconte Mala Kyari Shuwaram, un chef local.

"C'est bien que les milices aient résisté, ça a donné à beaucoup d'entre nous le temps de fuir sur des canoës jusqu'au Tchad, sinon on serait tous morts", poursuit-il.

"Personnellement, j'ai aidé quatre soldats à monter dans un bateau. Les soldats ont jeté leurs armes et ils ont fui avec nous".

Dans la bousculade, M. Shuwaram a perdu ses deux enfants de six et 10 ans, dont il est toujours sans nouvelles.

Comme lui, des milliers de personnes ont pris la fuite à travers le lac Tchad pour se réfugier sur des îles ou dans les pays voisins.

"Nous sommes désormais 15.500 habitants de Baga à avoir trouvé refuge dans cinq villages du Tchad", dit-il.

"Les autorités tchadiennes s'occupent de nous, mais nous sommes énormément. Nous n'avons pas assez à manger".

 

AFP

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