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L'Afrique du Sud se prépare

A quand la prochaine coupure d'électricité? La question se pose en Afrique du Sud où la moindre défaillance d'une centrale risque de plonger le pays dans le noir, tant le réseau, vieillissant, fonctionne à la limite de ses capacités.

Les Sud-Africains n'ont pas dû passer les fêtes à la bougie, mais la compagnie d'électricité Eskom a prévenu qu'elle pourrait à nouveau couper le courant avant la fin janvier, quand l'activité économique aura repris à la fin des grandes vacances d'été. 

"Nos marges de manoeuvre sont faibles, et nous sommes vulnérables. Nous ne planifions pas les délestages, et je ne peux donc pas vous dire si ça sera pour la semaine prochaine ou la suivante", explique Andrew Etzinger, porte-parole de la compagnie publique, qui fournit 45% de l'électricité du continent africain.

Des délestages tournants en ont déjà exaspéré plus d'un en novembre et décembre, d'autant que les horaires fournis n'ont été que rarement respectés.

"Il n'y aura des délestages qu'en dernier ressort, afin d'éviter un effondrement total du système électrique", assure M. Etzinger. Mais malgré les précautions oratoires, la compagnie a déjà fait savoir que février et mars seront particulièrement délicats.

En attendant, Eskom s'est mis à tweeter des bons conseils pour initier les Sud-Africains aux économies d'énergie: "Ne faites bouillir que la quantité d'eau nécessaire pour le nombre de tasses de thé ou café que vous faites", "faites griller des toasts dans un toaster et jamais au four"...

Les deux tiers des centrales thermiques sud-africaines ont passé la mi-vie et leurs périodes de maintenance sont de plus en plus longues. Quand elles ne tombent pas carrément en panne. 

Sur une capacité maximale de 43.000 MW, plus de 30% ne sont du coup pas disponibles. Il faut notamment se passer de 8.000 MW pour cause de défaillances diverses: explosion d'une chaudière en mars, effondrement d'un silo à charbon début novembre, ou encore avarie de deux générateurs dans le nord du pays pas plus tard que mercredi...

Les chantiers en retard

Comment en est-on arrivé là? L'Afrique du Sud n'a pas investi dans son réseau dans les années 1990 et 2000, alors que le pays était en pleine croissance et que l'on raccordait au réseau existant une bonne partie des populations de couleur qui n'avaient pas accès à l'électricité sous le régime raciste de l'apartheid. Près de 89% de la population est aujourd'hui branchée, contre 50% il y a vingt ans.

Le système a failli s'effondrer en 2008, et la panne générale n'a été évitée qu'au prix d'importants délestages qui ont gravement affecté les mines et les industries locales (et irrité la population). Les autorités ont finalement lancé un vaste programme d'investissement.

En attendant que les nouvelles centrales soient connectées au réseau, "Eskom a ajourné la maintenance pour garder les lumières allumées quel qu'en soit le coût", soupire l'analyste Chris Yelland. Ordre politique, selon lui, car l'Afrique du Sud accueillait la Coupe du monde de football de 2010, et aussi pour des raisons électorales.

Mais les chantiers en cours ont pris du retard --de l'ordre de quatre ans pour les gigantesques centrales à charbon de Medupi et Kusile (nord) qui doivent apporter une capacité supplémentaire de 9.600 MW, et ne seront pas entièrement opérationnelles avant 2019.

Du coup, la machine se grippe. "C'est comme quand vous avez une voiture et que vous ne la révisez pas, elle va finir par tomber en panne, et c'est ce qui est en train de se passer", constate M. Yelland.

Le manque de capacité du réseau électrique a déjà coûté 10% de croissance du PIB au pays et pourrait en coûter autant ces cinq prochaines années, selon l'économiste Mike schlüsser. Or, l'économie sud-africaine a désespérément besoin de vigueur pour occuper ses millions de chômeurs.

Le gouvernement s'en est ému, qui a mis en place une "cellule de crise" avant les fêtes. Il veut pêle-mêle lancer un programme nucléaire, favoriser des centrales privées, encourager la cogénération, parler isolation des bâtiments...

Mais pour le moment, il va falloir faire tenir les centrales existantes. Et donc procéder à de nouveaux délestages pour permettre leur maintenance, faute de capacités de réserve.

 

 

AFP

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