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Gabon: l'opposition s'appuie sur la grogne sociale

Au moins un mort, une centaine d'interpellations, des voitures incendiées et des magasins saccagés... L'opposition gabonaise s'est appuyée ce week-end sur la grogne sociale dans le pays pour demander le départ du président Ali Bongo Ondimba.

Le bilan varie d'un mort, selon le pouvoir, à trois selon l'opposition. Le ministre de l'Intérieur, Guy Bertrand Mapangou, qui avait interdit le rassemblement, a accusé dimanche les leaders de l'opposition d'être "responsables du triste bilan" de cette journée, pour avoir "ouvertement lancé des appels à l'insurrection".

Si le gros des manifestants a été assez vite dispersé par policiers et gendarmes, des heurts ont opposé des centaines de jeunes Gabonais en colère aux forces de l'ordre dans des quartiers populaires de Libreville.

"Cela fait plus de 50 ans que nous supportons la même famille au pouvoir et rien n'a changé pour nous les +makaya+ (hommes de la rue). Nous voulons l'alternance", explique à l'AFP Prospère, un jeune chômeur.

Le président Ali Bongo dirige le Gabon depuis la mort en 2009 de son père Omar, au pouvoir depuis 1967 dans ce petit pays d'Afrique centrale, au sous-sol riche en pétrole et en minerais mais dont plus d'un tiers de la population vit dans la pauvreté.

"Beaucoup de gens en ont marre. Nos enfants n'arrivent pas à se loger, trouver un emploi est devenu un exploit dans ce pays, et pourtant les richesses sont là!", s'indigne Brigitte, mère au foyer d'une cinquantaine d'années, qui a manifesté ce week-end.

 

- La polémique Péan -

 

La récente parution du dernier livre sur le pouvoir gabonais du journaliste français Pierre Péan, "Nouvelles affaires africaines", a mis le feu aux poudres dans cette ex-colonie française d'ordinaire paisible.

Le journaliste accuse le président gabonais d'avoir falsifié de nombreux documents, de son acte de naissance à ses diplômes. Surtout, Pierre Péan affirme qu'Ali Bongo serait un enfant nigérian adopté pendant la guerre du Biafra à la fin des années 1960. Or, selon la Constitution, il faut être né Gabonais pour pouvoir briguer la présidence.

L'opposition, aujourd'hui essentiellement composée d'anciens proches du défunt Omar Bongo, en a profité pour demander le départ du président. 

Mais la plainte déposée par des opposants "sur l'état-civil" du chef de l'Etat en novembre a été rejetée la semaine dernière par le parquet de Libreville.

 

- Grèves à répétition -

 

Au-delà de la polémique, l'année 2014 a surtout été marquée par des tensions sociales croissantes, entre grèves de fonctionnaires à répétition et inquiétudes des milieux d'affaires concernant l'ampleur des dettes accumulées par l'Etat.

Durant la première quinzaine de décembre, une grève a fortement perturbé la production de pétrole et provoqué d'importantes pénuries dans les deux principales villes, Libreville et la capitale économique, Port-Gentil.

Or, l'or noir est stratégique pour le Gabon, 5e producteur en Afrique subsaharienne: les recettes pétrolières assurent à l'Etat 60% de son budget.

Dans l'éducation, les syndicats d'enseignants protestent contre le non-paiement de certaines primes et leurs conditions de travail précaires.

Du côté des entreprises privées, des inquiétudes sont également apparues face aux arriérés de paiement accumulés depuis des mois.

Depuis son arrivée au pouvoir, le président Ali Bongo a en effet multiplié les grands projets comme la construction d'infrastructures (routes et hôpitaux), mais aussi d'équipements de prestige parfois très critiqués (île artificielle par exemple). Plusieurs de ces chantiers sont aujourd'hui à l'arrêt faute d'être financés.

La semaine dernière, le chef du bureau régional des Nations unies pour l'Afrique centrale (Unoca), Abdoulaye Bathily, s'était dit "vivement préoccupé par le climat ambiant" au Gabon. Il a appelé "au calme et au dialogue" entre gouvernement et opposition pour "éviter que le Gabon bascule dans une crise profonde".

D'après certains observateurs, la société gabonaise n'est toutefois "pas prête à s'embraser". 

"Pour l'opposition, c'était surtout un test avant la campagne présidentielle de 2016", estime un universitaire gabonais sous couvert d'anonymat. "Une démonstration de force pour montrer qu'elle peut mobiliser..." 

AFP

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