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Nigeria: la ville de Yola vit sous la menace de Boko Haram

Mohammed Bako surveille le marché bondé de Jimeta, dans la ville nigériane de Yola, à la recherche du moindre élément suspect, entre les vendeurs de portables à la sauvette et les voitures qui tentent d'impossibles manoeuvres dans les étroites allées.

M. Bako tient une minuscule échoppe de téléphonie sur le marché de la capitale de l'Etat d'Adamawa, dans l'est du Nigeria. Il est surtout devenu l'année dernière le chef de la milice locale, qui lutte avec l'armée contre le groupe islamiste armé Boko Haram.

Les insurgés ont multiplié les attaques et les attentats ces derniers mois dans le nord-est du pays, frappant entre autres des marchés avec des kamikazes.

L'offensive islamiste du mois d'octobre sur le nord de l'Etat d'Adamawa a surpris les habitants de sa capitale Yola, épargnée jusque-là par les violences. Selon les médias locaux, plusieurs islamistes suspects ont été arrêtés sur le marché de Jimeta ces derniers mois.

"C'est ce qui nous met sur nos gardes", témoigne M. Bako, qui refuse d'être pris en photo par crainte de représailles. Il se dit prêt au sacrifice pour défendre sa ville : "Nous sommes tout à fait prêts à mourir", assure-t-il. 

Des dizaines de milliers de personnes ont fui leurs maisons lorsque les insurgés ont atteint mi-novembre la ville de Gombi, toujours plus près, à 120 kilomètres au nord de Yola.

"C'était la panique", assure Phineas Elisha, porte-parole du gouverneur de l'Etat de l'Adamawa, James Bala Ngilari. "On ne dormait que d'un oeil. Si l'on entendait un pneu éclater, les gens se mettait à courir", craignant l'explosion d'une bombe.

Alors que l'insurrection de Boko Haram a fait 13.000 morts et 1,5 million de déplacés en cinq ans, le groupe a franchi une nouvelle étape depuis le printemps 2014, conquérant de nombreuses villes importantes. Son chef Abubakar Shekau a affirmé créer un "califat islamique".

- 'Les soldats ont fui' -

Si Boko Haram paraît de plus en plus puissant, les Nigérians ont aussi perdu confiance en leur armée.

"Je ne pense pas qu'ils soient très sérieux", remarque Hudu Ibrahim, 40 ans, qui a fui la ville d'Uba avec ses quatre femmes et 14 enfants, traversant plus de 100 kilomètres de brousse pour se réfugier à Yola.

"Ils nous disent tout le temps qu'ils font de leur mieux, alors même qu'on les voit s'enfuir" lors des attaques des islamistes, lance M. Ibrahim. L'armée se refuse à répondre à ces accusations, mais ces reproches sont corroborés par de nombreux autres réfugiés des camps situés autour de Yola.

Victoria Emmanuel, mère célibataire de trois enfants qui a fui une offensive islamiste sur la ville de Michika, raconte: "les soldats ont fui la zone et nous ont laissés face à notre destin".

Des milices locales et des chasseurs soutiennent l'armée contre Boko Haram.

Mohammed Usman Tola, 60 ans, chef des chasseurs de l'Adamawa, assure que ses hommes ont aidé à chasser Boko Haram de nombreuses villes ces dernières semaines, comme Gombi et la ville commerciale de la région, Mubi. 

Tenant par sa crosse de bois une vieille carabine, M. Tola et ses frères d'armes semblent pourtant bien incapables de résister aux islamistes armés jusqu'aux dents, équipés de tanks et de missiles sol-air.

Certains prétendent que les chasseurs font appel à des sciences occultes pour vaincre les insurgés, mais M. Tola le nie en bloc: c'est juste que "Dieu est de nôtre côté", assure-t-il.

Dans la cathédrale, vêtu de sa chasuble couleur crème, l'évêque de Yola, Stephen Mamza, assure qu'un défi majeur restera à relever quand Boko Haram sera défait.

Le jour où les réfugiés seront rentrés chez eux, il craint que les chrétiens comme les musulmans ne châtient la moindre personne considérée comme proche de Boko Haram.

"J'ai peur de la vengeance" dit-il. "Il nous reste une grande tâche à accomplir. Nous devons leur apprendre à se réconcilier, et à vivre en paix".

AFP

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