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Michèle Alliot-Marie, la ministre française des Affaires étrangères, au congrès national de l'UMP, à Paris, le 30 janvier 2010.R
Michèle Alliot-Marie, la ministre française des Affaires étrangères, au congrès national de l'UMP, à Paris, le 30 janvier 2010.R

Le syndrome MAM, tradition marocaine

Les invitations spéciales sont l’atout maître de l’arsenal diplomatique du royaume chérifien pour séduire les politiques français.

Les révélations en cascade du Canard Enchainé sur les relations entre Michèle Alliot-Marie (MAM) et le clan déchu de Ben Ali n’étonnent pas au Maroc. Ici, la pratique est érigée en politique d’Etat. On l’appelle la «diplomatie Mamounia», du nom du célèbre palace de Marrakech, propriété de l’Etat marocain, qui accueille depuis toujours les plus grandes célébrités de la planète.

Depuis qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé avaient lancé la mode des riyads, ces riches demeures nichées au cœur des médinas marocaines, c’est une véritable déferlante gauloise qu’a connue le Maroc.

Plus de 5.000 ressortissants français —la plupart retraités— y ont élu domicile, à la suite de la diffusion en 1999 sur M6 d’une émission de la série Capital vantant les charmes de Marrakech, Tanger, Essaouira, Fès ou Agadir.

Des hivers au soleil pour la «tribu Maroc»

Mais si le Maroc est devenu une destination privilégiée des Français, elle l’est surtout pour les «amis du royaume». Certains y ont des liens généalogiques comme Elisabeth Guigou, Dominique De Villepin, Dominique Strauss-Kahn, Rachida Dati ou Eric Besson. Mais la «tribu Maroc» s’étend bien au-delà de ces attaches. Elle est pour ainsi dire tentaculaire. De Bernard-Henri Lévy à Thierry de Beaucé, nombre de dirigeants politiques, chefs d’entreprise, intellectuels médiatiques et célébrités du showbiz ont à Marrakech ou ailleurs une résidence secondaire.

Le «plus beau pays du monde», comme le veut la publicité de l’Office marocain du tourisme, devient ainsi un lieu de rendez-vous culte pour la classe politique française, où la délocalisation d'un Conseil des ministres serait presque envisageable durant les fêtes de fin d’année, ironisait un élu.

En décembre dernier, les vacanciers anonymes n’étaient en effet pas les seuls à céder aux sirènes de la douceur marocaine de l'hiver: Ségolène Royal et son compagnon André Hadjez, par exemple, ont été aperçus à Ouarzazate. Au même moment, d’autres politiques profitaient eux aussi de l’hospitalité légendaire du royaume chérifien: Isabelle et Patrick Balkany, proches de Nicolas Sarkozy, DSK et Anne Sinclair, Hervé Morin (et 18 membres de sa famille à l’hôtel Es-Saâdi de Marrakech), Brice Hortefeux, Jean-Louis Borloo... La liste est longue.

Des happy few choyés par Sa Majesté

Dans bien des cas, le charme exotique du pays constitue aussi la botte secrète de l’influence marocaine dans les hautes sphères de l’Hexagone. Ces vacances, certes privées, sont bien trop souvent l’occasion de contacts plus ou moins informels avec les premiers cercles du roi. Des invitations «spéciales», des «prix d’amis» appliqués dans des lieux d’agrément gérés par des hommes proches du pouvoir, sont pratique courante.

Ces gâteries sont d’ailleurs systématiquement appliquées aux VIP de la République. La Mamounia est la carte maîtresse de cette politique de séduction du Makhzen, le pouvoir féodal marocain.

Le palace, un des plus réputés au monde, accueille régulièrement bon nombre de politiciens français —de droite comme de gauche. Tous y sont reçus avec les attentions particulières que sait déployer le Maroc pour ses hôtes de marque.

En son temps, Philippe Séguin en était un habitué, tout comme Jack Lang ou encore Philippe Douste-Blazy, qui y fit scandale. Le Palais et la Chiraquie avaient alors rapidement étouffé cette affaire révélée à l‘époque par le même Canard Enchaîné, et qui fait écho à celle de MAM avec son ami Aziz Miled.

La résidence royale de Jnane Lekbir est devenue le haut-lieu des happy few français à la Cour de Mohammed VI, si l'on en croit sa gérante Elisabeth Bauchet-Bouhlal, qui selon ses propres mots a «l'habitude de voir débarquer la classe politique française».

Discrétion oblige, les paparazzis scrutent de près les allers et venues dans les grands palaces de la cité, depuis que la ville ocre rivalise avec Ibiza ou Saint-Tropez. Comme en 2009, où ils y avaient passé quelques jours, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en ont fait leur lieu de villégiature hivernal, généreusement invités par le roi, qui perpétue en cela une vieille tradition de son père.

En effet, Hassan II recevait en son royaume les Chirac (à La Gazelle d’Or de Taroudant), tout comme les Mitterrand à La Mamounia; Mohammed VI continue d'ailleurs de renouveler son invitation à l’ancien président français.

Les turpitudes de MAM en Tunisie pourraient cependant sonner le glas d’une tradition qui autrefois ne se refusait pas.

Ali Amar

Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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