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Tunisie: des jihadistes ralliés

Des jihadistes ralliés au groupe Etat islamique (EI) ont pour la première fois revendiqué l'assassinat de deux opposants anti-islamistes tunisiens en 2013, en menaçant d'autres violences à quelques jours d'une présidentielle historique en Tunisie.

"Oui tyrans, c'est nous qui avons tué Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi", dit dans une vidéo postée jeudi un jihadiste identifié comme Abou Mouqatel.

Le ministère tunisien de l'Intérieur a confirmé à l'AFP qu'Abou Mouqatel était Boubaker El Hakim, un Franco-tunisien recherché pour son implication dans les assassinats, en février et juillet 2013, de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. 

Dans la vidéo, tournée dans un lieu non identifié, le jihadiste est entouré de trois autres hommes en uniforme de combat et portant des armes, des bannières noires jihadistes flottant derrière eux.

"Nous allons revenir et tuer plusieurs d'entre vous. Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n'appliquera pas la loi islamique", a menacé Abou Mouqatel, en appelant les Tunisiens à "prendre les armes" et à prêter allégeance à l'EI, un groupe ultraradical qui sévit en Syrie et en Irak.

- 'Plus forts' -

"Mon message aux tyrans de Tunisie et à leurs soldats: entre nous il (n)'y a (que) les armes", a poursuivi le jihadiste. 

"Le ministère de l'Intérieur et les Tunisiens sont plus forts que ces terroristes. Ils ne représentent rien pour nous", a réagi le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohamed Ali Aroui.

Depuis la révolution qui a renversé le dictateur Zine El Abidine Ben Ali en 2011, la Tunisie est confrontée à l'essor de groupes jihadistes et peine à empêcher des jeunes de rejoindre les rangs de l'EI pour combattre en Syrie ou en Irak.

C'est la première fois que les assassinats des deux opposants, attribués par les autorités tunisiennes aux jihadistes, sont revendiqués. 

Chokri Belaïd, un farouche critique des islamistes d'Ennahda alors au pouvoir, a été assassiné devant chez lui le 6 février 2013 à Tunis. Le 25 juillet de la même année, c'est Mohamed Brahmi, un député nationaliste de gauche également opposant aux islamistes, qui est criblé de balles, lui aussi devant son domicile dans une banlieue de Tunis.

Ces violences ont plongé la Tunisie dans une profonde crise politique, conduisant les islamistes d'Ennahda à quitter le gouvernement et à céder la place à un cabinet de technocrates.

- Appel à boycotter le scrutin -

Franco-Tunisien né à Paris le 1er août 1983, Boubaker El Hakim avait été condamné en mai 2008 à sept ans de prison ferme, assortis d'une période de sûreté des deux tiers. Remis en liberté en janvier 2011, il ne fait depuis lors l'objet d'aucune enquête en France.

Considéré comme l'un des principaux organisateurs d'une filière jihadiste vers l'Irak où il s'était rendu pour combattre, ce jihadiste s'était illustré en appelant dans plusieurs reportages réalisés en Irak par des médias français ses "frères" du quartier populaire de Paris où il vivait, à le rejoindre.

Il est aussi le suspect n°1 de l'assassinat de Brahmi.

Entre 2.000 et 3.000 Tunisiens ont rejoint les groupes extrémistes, dont celui de l'EI, pour combattre en Syrie et en Irak, selon un bilan officiel et les autorités tunisiennes craignent que le retour de certains d'entre eux ne déstabilise le pays.

Les autorités peinent en outre depuis fin 2012 à neutraliser des membres de la mouvance jihadiste liée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) retranchés dans les montagnes près de la frontière tuniso-algérienne. Des accrochages avec des jihadistes ont fait depuis 2011 des dizaines de morts dans les rangs des forces armées.

La publication de cette vidéo intervient avant le second tour, dimanche, de la présidentielle, un scrutin crucial pour la stabilité du pays et qui oppose le président sortant Moncef Marzouki au favori et chef du parti anti-islamiste Nidaa Tounès, Béji Caïd Essebsi.

Un autre jihadiste, identifié comme Abou Mossaab, a appelé dans la même vidéo les Tunisiens à boycotter ces élections: "Elles (les autorités) vous poussent à la mécréance avec ces élections".

L'armée est sur le qui-vive depuis octobre pour parer à tout acte "terroriste". Des dizaines de milliers de policiers et militaires seront déployés pour le scrutin.

AFP

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