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Soudan du Sud: Lam Thichoung, un des innombrables disparus de la guerre

Lam Choul Thichoung a survécu à la longue guerre d'indépendance du Soudan du Sud, combattu comme Marine américain en Irak avant de disparaître, il y a un an, lorsque des combats ont éclaté à Juba et replongé son pays natal dans une guerre effroyable.

Le dernier signe de vie de ce père de deux enfants, citoyen américain de 40 ans, fut un coup de téléphone à des proches en pleine nuit du 15 décembre 2013. Sur fond de crépitements de tirs, il disait partir aider son frère, coincé dans Juba, au milieu des affrontements entre unités rivales de l'armée.

"Il était en route pour se mettre en sécurité à l'ambassade des Etats-Unis, mais il est reparti pour secourir son frère", raconte depuis Omaha, dans le Nebraska (centre des Etats-Unis), son ami Seth Mock, lui aussi originaire du Soudan du Sud et naturalisé américain. "Depuis, plus rien", dit ce proche d'une voix brisée par l'émotion.

Enfant, Thichoung a fui la guerre faisant rage depuis 1983 entre la rébellion sud-soudanaise et l'armée de Khartoum. Il se réfugie en Ethiopie, puis au Kenya et, enfin, aux Etats-Unis.

Engagé dans le prestigieux corps des Marines, il se bat en Irak. Son portrait de soldat le montre l'air sévère, sanglé dans sa veste d'uniforme de parade bleu marine aux boutons dorés, casquette blanche vissée sur le crâne. Malgré une vie confortable à Omaha, il avait décidé de s'installer à Juba, quelque mois avant que le Soudan du Sud ne proclame son indépendance le 9 juillet 2011 et devienne le plus jeune Etat du monde.

"Il était revenu pour reconstruire, pour aider son pays à se remettre sur pied, parce qu'il était optimiste et plein d'espoir pour le Soudan du Sud", en ruine après le conflit contre Khartoum, achevé en 2005. 

"Il voulait aider à construire un avenir meilleur", explique Seth Moth.

Avec son frère Pal, lui aussi devenu américain, Lam Thichoung travaille comme secrétaire personnel de Riek Machar, vice-président du pays jusqu'à son limogeage en juillet 2013 par le président Salva Kiir.

Ce limogeage, sur fond de rivalité à la tête du régime entre les deux hommes, allait alimenter les tensions jusqu'à ce qu'éclatent les combats au sein de l'armée, minée par des clivages politico-ethniques.

Dans la capitale livrée au chaos, des soldats dinka, l'ethnie de Salva Kiir, ont fait la chasse, porte-à-porte, aux civils nuer, de l'ethnie de Riek Machar. Des corps ont été charriés dans des camions à l'extérieur de la ville pour y être enterrés ou brûlés, selon des témoins et des ONG. 

Ces tueries allaient déchaîner un cycle incontrôlable de représailles et propager le conflit à d'autres régions du pays.

Quelques jours plus tard, des Marines évacuaient les Américains réfugiés dans leur ambassade de Juba, mais leur ancien camarade Thichoung n'avait pas refait surface.

- 'Besoin de savoir' -

Lundi, le Soudan du Sud a commémoré le premier anniversaire du début de ce conflit, sans qu'une issue apparaisse à court terme. Des veillées ont été organisées, notamment à Juba et Nairobi, à la mémoire des victimes, dont n'existe aucun bilan officiel. Le centre de réflexion International Crisis Group fait état d'au moins 50.000 morts, des diplomates avancent le double.

A Omaha où il vit, au sein d'une importante communauté sud-soudanaise, Seth Mock, 29 ans, a lui aussi organisé une veillée à la mémoire des victimes, tuées ou disparues, avec une pensée particulière pour son ami.

"Pour tourner la page, nous avons besoin de savoir exactement ce qui lui est arrivé, parce qu'il est difficile d'imaginer qu'il ait pu disparaître, juste comme ça", a-t-il expliqué, joint par l'AFP.

Les forces des deux camps ont massacré et violé des civils jusque dans des lits d'hôpital, des églises et des mosquées, mitraillé des familles fuyant à travers des marais, laissant les corps y pourrir, dévorés par les crocodiles, emportés par le Nil, selon des témoignages.

Des milliers de personnes seraient mortes de faim ou de maladie dans des villages isolés, des marais ou au fond de la brousse, hors de portée des agences d'aide humanitaire.

"Ce conflit est si cruel que personne n'a même indiqué détenir des prisonniers de guerre" a souligné Seyoum Mesfin, négociateur en chef éthiopien de pourparlers de paix infructueux.

Comme des milliers d'autres Sud-Soudanais, famille et amis de Thichoung cherchent désespérément des informations, se disant que quelqu'un, quelque part, sait ce qui est arrivé.

"On espère toujours qu'il est en vie, mais nous voulons surtout savoir ce qui s'est passé", explique Seth Mock.

AFP

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