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Otages: l'appui militaire de la France au Mali, lie les mains de Bamako

L'appui militaire décisif apporté par la France au Mali, illustré cette semaine par la liquidation d'un important chef jihadiste, lie les mains de Bamako, contraint de libérer des jihadistes en échange du dernier otage français, selon des analystes. 

Officiellement, à Paris comme à Bamako, il n'existe aucune connexion entre la libération mardi de Serge Lazarevic, enlevé au Mali en 2011 et détenu trois ans par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et la mort, annoncée jeudi, d'un chef du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), Ahmed el-Tilemsi.

Mais la liquidation de Tilemsi arrive à point nommé, souligne Ould Salihi, expert mauritanien du jihadisme au Sahel: "Sa mort, presque au lendemain de la libération de Lazarevic, même si elles n'ont pas de liens évidents, a au moins servi à occuper l'opinion devant les questionnements que cette libération a dû soulever".

A côté du chef du groupe Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, "principal émir touareg du jihad dans le nord du Mali, Ahmed el-Tilemsi était le principal émir arabe" jihadiste dans cette région, a expliqué à l'AFP un proche collaborateur du ministre malien de la Défense Ba N'Dao.

Selon le politologue sénégalais Babacar Justin Ndiaye, spécialiste de la région, Tilemsi était plus un "argentier" du jihadisme qu'un "chef de guerre". 

"D'un côté, les Français favorisent la libération de quelques terroristes et narcotrafiquants en échange des otages français, mais de l'autre, ils éliminent de façon ciblée des jihadistes", note-t-il.

"On a placé le Mali dans une situation indescriptible et inénarrable", Bamako ne pouvant que céder à l'exigence de Paris en raison de sa dépendance militaire envers la France, estime-t-il.

Dès la libération de l'otage français, des organisations de défense des droits de l'homme ont protesté contre l'élargissement, en contrepartie, de deux jihadistes touareg maliens, dont l'organisateur présumé de l'enlèvement, ainsi que de deux autres, originaires de Tunisie et du Sahara occidental.

 

- '+Deal+ entre Hollande et IBK' -

 

Vendredi, le ministre de la Justice, Mohamed Ali Bathily, a confirmé "l'évidence", reconnaissant que "quatre prisonniers ont été libérés des prisons maliennes pour que Serge Lazarevic recouvre la liberté", sans autre précision.

Ces libérations ont suscité l'incompréhension au sein de l'opinion publique au Mali, ces quatre hommes se revendiquant du jihadisme ou étant notoirement proches des groupes combattus par les forces françaises depuis janvier 2013 au sein de l'opération Serval, remplacée en août par l'opération Barkhane.

Dans un communiqué mercredi, plusieurs partis d'opposition ont dénoncé "une promotion de l'impunité qui ne crédibilise pas la lutte contre le terrorisme", estimant que le régime du président Ibrahim Boubacar Keïta, dit "IBK", élu en août 2013, "fait peu de cas de la justice, des victimes et de leurs familles".

Selon le responsable Afrique de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), Florent Geel, les autorités maliennes "n'ont pas eu le choix" de s'opposer à ces libérations, à titre de monnaie d'échange et "l'ont fait sous la pression française".

Saouti Haïdara, éditorialiste et patron du journal privé L'Indépendant, évoquait vendredi "un +deal+ salutaire pour le Mali" mais aussi pour le président français François Hollande, très impopulaire dans son pays.

Pour avoir engagé militairement la France au Mali, "Hollande sait combien notre pays est débiteur vis-à-vis de lui. Qui plus est, la sécurité du Mali et du Sahel occidental dépend actuellement de la France davantage que de toute autre force", a écrit M. Haïdara.

La liquidation de Tilemsi "semble un bon début de matérialisation du deal convenu entre Hollande et IBK", remarque-t-il, concluant que "si cette tendance se confirmait dans les jours et semaines à venir, l'échange des terroristes contre Serge Lazarevic aura été tout bénéfice pour le Mali".

 

 

 

AFP

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