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Le Soudan hausse le ton contre la mission de l'ONU au Darfour

L'insistance du gouvernement soudanais à voir partir la mission de l'ONU au Darfour met en péril la présence humanitaire dans cette immense région en proie aux violences depuis plus de 10 ans.

Déployée en 2007, la mission conjointe ONU-Union africaine au Darfour (Minuad), qui compte près de 16.000 hommes, a pour principale mission de protéger les civils et d'assurer la sécurité des organisations humanitaires, une présence que Khartoum n'a jamais vu d'un très bon oeil.

"Cela fait longtemps que le gouvernement soudanais, qui n'a jamais caché son hostilité à la présence de troupes étrangères sur son sol, teste la Minuad et la capacité de ses promoteurs (les Nations-Unies et l'Union africaine) à la défendre", explique Jérôme Tubiana, expert à l'International Crisis Group.

Mais le ton est encore monté d'un cran en novembre, lorsque la Minuad a décidé d'enquêter sur des allégations de viol collectif commis par les troupes soudanaises dans le village de Tabit.

Le président soudanais Omar el-Béchir a qualifié la Minuad de "fardeau" et de "protection pour les rebelles", et le ministère des Affaires étrangères a accusé les casques bleus d'exactions et de viols.

Et puisque ni les Nations unies ni l'Union africaine ne se précipitent pour défendre la mission, "il n'y a rien qui empêche Khartoum de pousser davantage, en allant jusqu'à envisager, comme aujourd'hui, l'expulsion de la Minuad", ajoute M. Tubiana.

Le service de presse de la mission a minimisé les récentes critiques, affirmant qu'il s'agissait de "discussions de routine". Le ministère soudanais des Affaires étrangères a pourtant demandé le 11 novembre un "programme clair" pour le départ de la mission.

Le porte-parole du ministère, Youssef al-Kordofani, a confirmé que la volonté de voir la Minuad partir était ancienne, ajoutant que son gouvernement était "très mécontent" de son travail.

Selon lui, ses membres ont commis des exactions, ayant "parfois fourni de l'aide aux groupes rebelles", sans plus de précision. L'armée soudanais est tout à fait à même de protéger les civils au Darfour, a-t-il assuré.

Mais selon M. Tubiana, les forces armées "ont une tout autre priorité, qui est de combattre la rébellion".

 

- ONG et réfugiés inquiets -

 

Pour M. Kordofani, le départ de la Minuad devrait se faire par étapes.

Si une expulsion pure et simple reste peu probable, le gouvernement  pourrait s'employer à rendre la vie de la Minuad plus difficile, selon une source soudanaise s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

"On savait depuis le début que leur mission serait difficile, mais la situation pourrait bien compliquer encore les choses", selon cette source.

La Minuad dépend du gouvernement pour recevoir des équipements, ainsi que pour les procédures de visas pour son personnel - qui souffrent déjà de délais, selon la source. 

Si la liberté de mouvement de la Minuad était limitée, l'impact sur les organisations humanitaires pourrait être grave, une grande partie d'entre elles refusant de se déplacer dans les régions sensibles sans une escorte onusienne. C'est le cas notamment du Programme alimentaire mondial, qui apporte de l'aide à près de 3,5 millions de personnes au Darfour. 

Et pour les habitants des camps de déplacés, un départ de la mission signifierait une augmentation des violences.

"Pour nous, la Minuad est très importante parce qu'elle assure la sécurité des camps", explique Ibrahim Ishaq, qui vit dans le camp de Zamzam, au Darfour-Nord.

"Même quand la Minuad est là, certains d'entre nous sont attaqués. Nous ne pouvons imaginer ce que deviendrait la situation si la Minuad partait", ajoute ce professeur.

Depuis le soulèvement en 2003 de rebelles contre le pouvoir central et les élites arabes, les violences au Darfour ont fait au moins 300.000 morts selon l'ONU.

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