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Maurice: l'opposition remporte les législatives

Le Premier ministre mauricien sortant a admis jeudi soir la défaite de son camp aux législatives à Maurice, largement remportées par la coalition adverse Lepep de l'ancien président Anerood Jugnauth, prochain chef du gouvernement.

Les élections de mercredi "se sont déroulées dans le respect de la démocratie. L'électorat a fait son choix, je l'accepte humblement", a déclaré Navin Chandra Ramgoolam dans une brève allocution en créole à la radio-télévision nationale.

"Je prends les dispositions afin de rencontrer le président de la République pour lui soumettre ma démission", a-t-il ajouté. Cette démission pourrait intervenir dès vendredi.

De son côté M. Jugnauth, 84 ans, a assuré qu'il "serait le prochain Premier ministre", poste qu'il a déjà occupé deux fois. "Je vais m'atteler au travail pour mettre en ½uvre l'espoir placé en moi", a-t-il ajouté.

Les résultats, encore partiels, donnent une large avance à la coalition Lepep (Le Peuple) menée par M. Jugnauth, qui fut également président de la République, entre octobre 2003 et mars 2012.

Cette victoire du camp Lepep sonne le glas d'un projet de réforme constitutionnelle voulu par la coalition formée entre le Parti travailliste (PTr) de M. Ramgoolam et le Mouvement militant mauricien (MMM) de l'ancien chef du gouvernement Paul Bérenger, et qu'avait fortement combattu la coalition Lepep.

Ce projet de "Seconde République" prévoyait de profondément modifier les institutions de l'archipel, démocratie stable depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1968, en renforçant les pouvoirs, aujourd'hui largement honorifiques, du président de la République et en le faisant élire au suffrage universel direct et non plus par l'Assemblée.

 

- Une défaite sévère -

 

"Le peuple a senti le danger qui le menaçait à travers la Deuxième République", a estimé M. Jugnauth, qui a promis "un deuxième miracle économique" à Maurice, un des pays les plus riches d'Afrique grâce à une économie basée sur le textile, le sucre et le tourisme. Maurice stagne cependant dans le camp des pays à revenu intermédiaire, avec un PIB par habitant d'un peu plus de 9.000 dollars.

La défaite est sévère pour le camp de M. Ramgoolam qui se disait sûr d'une victoire écrasante avant le scrutin et disposait - seul - de la majorité absolue dans l'Assemblée sortante. Les résultats, définitifs dans 13 des 20 circonscriptions de l'île Maurice, créditent pour l'instant son camp de seulement 10 sièges, contre 29 au camp de M. Jugnauth.

Vingt-et-un sièges restent à attribuer dans les sept circonscriptions restantes, mais selon les résultats partiels, la coalition PTr-MMM y est en mauvaise posture partout.

Les projections créditent la coalition Lepep d'environ 45 sièges sur 62 dans la nouvelle Assemblée contre une quinzaine seulement à la coalition PTr-MMM. Un petit parti local a remporté les deux sièges en jeu sur l'île Rodrigue (21e circonscription de l'archipel), 600 km à l'est de l'île Maurice.

Buvant la coupe jusqu'à la lie, M. Ramgoolam, 67 ans, est personnellement battu dans son propre fief et perd son siège de député, qu'il occupait depuis plus de 20 ans.

Premier ministre entre 2003 et 2005, Paul Bérenger, dont le MMM avait conclu un accord électoral avec le PTr en septembre, après des années d'opposition à M. Ramgoolam, conserve de justesse son siège de député.

L'attelage PTr-MMM, qui n'a pas convaincu les électeurs, a reflété le caractère mouvant des alliances politiques à Maurice, où une poignée d'acteurs se partagent le pouvoir depuis l'indépendance. Le pays n'a connu que quatre Premier ministres - MM. Ramgoolam, Rugnauth, Bérenger et le père de M. Ramgoolam - dans son histoire.

Le taux de participation s'est élevé mercredi à 74,1%.

En plus des 62 députés élus, huit sièges supplémentaires seront attribués par la Commission électorale parmi les candidats non-élus ayant réalisé les moins mauvais scores, suivant un système complexe destiné à rééquilibrer la répartition des sièges entre partis et communautés.

Les 1,3 million d'habitants de l'archipel forment une mosaïque de peuples, de cultures et de langues reflétant son histoire, marquée par les arrivées successives des explorateurs portugais et hollandais, des colons français et britanniques, des esclaves amenés d'Afrique et des travailleurs venus d'Inde et de Chine.

La Constitution distingue quatre groupes ethniques: les Hindous - majoritaires -, les Musulmans, les Chinois et la "population générale" composée essentiellement de métis dit créoles et de blancs d'origine européenne.

AFP

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