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Nigeria: l'ex-dictateur Buhari candidat de l'opposition

L'ancien dictateur Muhammadu Buhari a été choisi jeudi par le principal parti d'opposition nigérian pour affronter le président sortant Goodluck Jonathan à la présidentielle de février 2015, qui s'annonce à haut risque.

L'ancien général Buhari, âgé de 71 ans, dont ce sera la quatrième candidature à la présidentielle, était déjà le principal rival de M. Jonathan en 2011.

Il a promis de rétablir l'ordre, s'il est élu à la tête de l'Etat, affirmant que la corruption et l'insécurité seraient ses deux combats prioritaires, alors que le nord-est du pays est presque chaque jour attaqué par le groupe islamiste armé Boko Haram.

Il a remporté les élections primaires du Congrès Progressiste (APC) avec 3.430 voix, loin devant l'ancien vice-président Atiku Abubakar, 68 ans, donné comme l'autre favori parmi les cinq prétendants, qui n'a obtenu que 954 voix.

M. Buhari, qui a dirigé une junte militaire à la tête du Nigeria entre 1983 et 1985, s'est forgé au fil des années une réputation d'incorruptible, ce qui n'est pas rien dans le pays le plus peuplé d'Afrique, puissance pétrolière gangrenée par les pots-de vin et détournements de fonds.

"Félicitations au général Buhari. Les délégués ont parlé. Vous méritez amplement votre victoire", a déclaré le vice-président Atiku Abubakar sur son compte Twitter, alors que le comptage des voix des trois autres candidats se poursuivait.

Les 7.214 délégués du parti ont voté par ordre alphabétique jusqu'à 03h00 du matin (02h00 GMT) dans la nuit de mercredi à jeudi dans un stade de Lagos, où les bulletins ont ensuite été dépouillés puis comptés en public dans l'après-midi. 

Au même moment, le Parti démocratique populaire (PDP) de Goodluck Jonathan tenait un congrès à Abuja, la capitale, et a ratifié la candidature du président sortant, son unique prétendant.

M. Jonathan avait remporté la présidentielle de 2011 avec quelque 59% des voix contre 32% des voix pour M. Buhari, qui faisait campagne pour le Congrès pour le changement progressiste.

La défaite de ce musulman de l'ethnie fulani, originaire de Katsina, dans le Nord, contre M. Jonathan, un chrétien du Sud, en 2011, avait provoqué des violences qui avaient fait près d'un millier de morts, dans un pays où les tensions politiques réveillent souvent des fractures ethniques et religieuses.

 

- Une élection serrée -

 

M. Jonathan est donné favori pour 2015: au Nigeria, le président sortant a pour habitude de mobiliser d'importants fonds publics pour assurer sa réélection.

Pourtant, la prochaine présidentielle s'annonce comme la plus serrée depuis le retour à la démocratie en 1999, quatre partis d'opposition ayant choisi de se regrouper au sein de l'APC.

M. Jonathan, 57 ans, est très critiqué pour son incapacité à stopper la progression de Boko Haram, qui s'est emparé de pans entiers du territoire dans le Nord-Est et multiplie les attentats meurtriers.

L'opinion publique reproche aussi au président d'avoir été incapable de faire libérer plus de 200 lycéennes enlevées en avril dernier à Chibok (nord-est) et toujours aux mains des islamistes. Leur rapt a suscité une émotion internationale.

Le chef de l'Etat, qui a annoncé jeudi avoir choisi son actuel vice-président Namadi Sambo comme candidat à ses côtés en 2015, a lui aussi promis de faire de la sécurité du pays sa "première priorité" s'il est réélu. Selon lui, la sécurité dans le Nord-Est "s'améliore légèrement".

Le jour où l'opposition et le parti au pouvoir mettaient leurs champions en orbite, un nouvel attentat s'est produit dans le Nord. Deux femmes kamikazes se sont fait exploser mercredi sur un marché de Kano, tuant au moins quatre personnes. Et une fille de 13 ans munie d'une ceinture d'explosifs a été arrêtée peu après. 

M. Buhari bénéficie du soutien de l'ancien gouverneur de Lagos Bola Tinubu, un des hommes politiques les plus influents de l'opposition nigériane.

Il a aussi été encensé par l'ancien président Olusegun Obasanjo, pourtant un ténor du PDP, dans une autobiographie qui fait polémique.

M. Obasanjo y critique vertement son ancien poulain Goodluck Jonathan, qu'il accuse d'incompétence. Pour lui, M. Buhari ferait en revanche "un dirigeant fort, quasi-inflexible, courageux et déterminé".

AFP

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