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RDC: le bilan du massacre dans l'Est s'alourdit

Trente-six personnes ont été tuées à  l'arme blanche dans la nuit de samedi à dimanche dans l'Est de la République démocratique du Congo où l'armée et les Casques bleus se révèlent impuissants à enrayer une série de massacres attribués à des rebelles ougandais.

Ce nouveau drame porte à plus de 250 le nombre de personnes tuées dans des circonstances similaires depuis le début du mois d'octobre dans le territoire et la ville de Beni, dans le Nord de la province du Nord-Kivu, déchirée par les conflits armés depuis plus de vingt ans.

Il a eu lieu à la lisière de la ville d'Oicha, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Beni, et dans deux villages des alentours : Manzanzaba et Mulobiya. Comme à l'accoutumée, les assaillants ont agi de nuit, à l'arme blanche, tuant hommes, femmes et enfants ayant le malheur de se trouver sur leur chemin.

Le gouvernement, l'ONU et plusieurs experts et diplomates voient dans ces tueries la marque des rebelles musulmans des Forces démocratiques alliées (ADF), présents dans l'Est de la RDC depuis 1995 et opposés au président ougandais Yoweri Museveni.

Neuf personnes avaient déjà été tuées à Oicha dans la nuit du 8 au 9 octobre.

Cette fois-ci, les assaillants ont fait 36 morts, selon Jean-Baptiste Kamabu, chef de la cité d'Oicha, et le colonel Célestin Ngeleka, porte-parole de l'opération congolaise Sokola 1, offensive des Forces armées de la RDC (FARDC) contre les groupes armés dans le Nord du Nord-Kivu,

Selon M. Kamabu, les meurtriers ont pu agir de 20h00 (18h00 GMT) à 01h00 du matin sans être inquiétés par les forces de l'ordre ou les Casques bleus de la Mission de l'ONU au Congo (Monusco) alors que toute la région est placée sous couvre-feu dès la nuit tombée.

Dans un communiqué, le chef de la Monusco, Martin Kobler a condamné les violences de la nuit.

"La multiplication d'actions conjointes FARDC-Monusco est une urgence vitale, et j'appelle tous les partenaires à renforcer la coopération afin de permettre plus d'interventions immédiates et davantage de patrouilles préventives", a-t-il ajouté, dans un message semblant s'adresser à la fois à l'état-major des FARDC et au commandement de la force militaire de la Monusco.

 

- 'Crise de confiance' -

 

La population, qui depuis le début des massacres dénonce la passivité des autorités et des troupes onusiennes, demande à cor et a cri de telles actions depuis plusieurs semaines. Elle l'a redit dimanche par la voix de la Société civile du Nord-Kivu, ONG basée à Beni, place commerciale importante à environ 250 km au nord de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu.

Le colonel Ngeleka, de son côté, "demande que la population collabore efficacement avec les FARDC".

Un récent rapport d'une mission d'information parlementaire envoyée dans la zone déplore une "crise de confiance entre les services de sécurité, les autorités politico-administratives et la population" dans la région de Beni.

Selon plusieurs experts, les ADF (qui pourraient encore être 400 combattants aujourd'hui) n'ont pas toujours été hostiles à la population locale, avec laquelle ils ont noué au fil des années de nombreux liens commerciaux ou matrimoniaux.

De même source, les rebelles tireraient leurs ressources de divers trafics, en particulier celui du bois, parfois avec la complicité de certains chefs militaires locaux. 

Aucun des massacres commis depuis octobre dans la région de Beni n'a été revendiqué. Pour un spécialiste du Nord-Kivu soumis au devoir de réserve, ces massacres n'ont qu'un seul but : envoyer un message aux autorités pour leur dire de cesser la traque contre les ADF.

Certains diplomates à Kinshasa n'excluent cependant pas que les ADF, qu'ils rendent responsables des tueries, soient instrumentalisés par d'autres parties, dans un but encore peu clair.

L'opération Sokola 1 a permis à l'armée de déloger les ADF de la plupart de leur bastions dans les contreforts montagneux du Ruwenzori, massif qui culmine à plus de 5.000 mètres à la frontière entre le Congo et l'Ouganda.

Mais celle-ci s'est brutalement arrêtée fin août avec le décès du général qui la commandait. Elle a été relancée véritablement fin novembre après les massacres dans le territoire de Beni.

 

AFP

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