L'impossible repos des Algériens

Un demi-siècle plus tard, la guerre d'Algérie fait encore mal.

De Gaulle lors d'une allocution télévisée le 29 janvier 1960. AFP/ UPI

Dernier week-end pour aller voir l’exposition sur les relations entre le Maroc et l’Europe depuis six siècles! Monique ne veut pas laisser filer l'occasion de se replonger dans l'histoire du Maroc, un pays «accueillant» qu’elle connait bien. Devant une carte du royaume chérifien, Monique se rappelle ses différentes excursions, accompagnées de sa fille et de son gendre. Attendrie, elle se remémore ses escapades dans le rif marocain, et me montre du doigt les villages qu'elle a visitée.

Mais l’Algérie, «c’est différent», ajoute Monique, d'une voix plus grave. «Mon mari a fait la guerre là-bas. Vous savez, on y a fait des choses. Mon époux me dit souvent qu’il obéissait seulement aux ordres et, encore aujourd’hui il me révèle des choses douloureuses»

Monique a tout dit…Ou presque. Il est toujours difficile de parler de la guerre d’Algérie, d’autant plus lorsque ses acteurs sont là, avec leurs mémoires du conflit. Beaucoup de Français et d’Algériens ont été embarqués dans une guerre, dont ils peinent encore à parler, par honte, amnésie volontaire ou déni.

L’an 1961, une ténébreuse affaire

Pourtant d’Alger à Paris, les mémoires sont vivaces, ce qui complique forcément la tâche de l’historien, en proie aux souvenirs de chaque corps engagé dans le conflit. Ce ne sont pas les prochaines commémorations qui viendront contredire mes propos. Les Algériens et les Français fêteront lundi 17 octobre un triste anniversaire, celui de la nuit du 17 octobre 1961, où une manifestation avait été durement réprimée par les autorités françaises. Rappelons les faits, qui ne font pas consensus.

Au soir du 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens descendent dans les rues de Paris pour protester contre le couvre-feu mis en place par le préfet de l’époque, Maurice Papon. Sept ans que la guerre d’Algérie sévit, sans que les demandes d’autodétermination exprimées par les Algériens ne soient véritablement entendues par la France de l’époque. Ce soir d’automne 1961 compte parmi les épisodes tragiques des «évènements d’Algérie». Durant quelques heures, le conflit algérien et sa brutalité sans nom s’exportent à Paris, sur les quais de Seine. Les Algériens se voient traiter comme des ennemis notoires. Nombre d’entre-eux sont arrêtés. D'autres ne sont jamais rentrés chez eux. Des incertitudes planent  toujours sur le bilan de cette ténébreuse nuit. Combien d’Algériens sont morts noyés? Combien de manifestants ont été arrêtés? Des questions sans réponse, qui taraudent de nombreux Algériens et Français, qui aimeraient aujourd'hui trouver le repos.

«J’étais à Paris, il y a une semaine, et en passant devant la Seine, qui est pour les Parisiens la veine de leur ville et pour les touristes, une romantique balade en bateau-mouche, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux cadavres de centaines d’Algériens massacrés cette nuit du 17 octobre 1961», confie Mounir Boudjema, rédacteur en chef du quotidien algérien la Liberté.

Repens-toi Nicolas!

A l’aune des commémorations, se pose l’éternel casus belli entre la France et l’Algérie: la mémoire. Depuis quelques années, Alger et Paris se répondent pas discours interposé. «Repentance!» «Non à la repentance!»

Difficile, donc, pour les Algériens, d’entendre un président français donner des leçons aux Turcs sur la reconnaissance du génocide arménien. «Que la France balaie déjà devant sa porte» nous déclarait un chibani, rencontré à quelques encablures de la place Clichy. Le directeur du quotidien d’Oran, Abdou Benabou, préfère prôner la concorde. «Commémorer  cet évènement, c’est commémorer l’histoire de deux peuples parce que cette date n’appartient pas uniquement aux Algériens mais également aux Français»

Mais qui commémore cette date? La jeunesse algérienne se sent-elle concernée par un évènement, caché derrière la symbolique de la lutte et de la victoire? Par ailleurs, la libération a pris un autre sens cette année avec le départ d’Hosni Moubarak et de Ben Ali. En Algérie, la délivrance reviendrait à se défaire d’un carcan, celui orchestré par des apparatchiks qui ne se refusent rien dans la résidence des pins à Alger. A chaque génération, sa libération.

Nadéra Bouazza

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3 réactions
La vérité doit être présente des deux côtés de la Méditerranée
Soumis par JohnnyBigGun, le 17/10/2011 à 09h59

Concernant les erreurs historiques sur la triste journée du 17 octobre, notamment l'exagération du nombre de morts, je ne peux que vous recommander ce site (pied-noir, certes, mais qui cite ses sources) http://popodoran.canalblog.com/archives/2011/10/15/22349717.html.

Quand à une reconnaissance des horreurs de la Guerre d'Algérie, c'est pour le moment impossible avec un Bouteflika qui ne peut pas remettre en cause le mythe national, reconnaitre que le FLN, MNA et consorts on fait plus de victimes chez les Algériens musulmans que l'armée francaise avec tous ses tortionnaires réels ou supposés, notamment dans leurs luttes internes, et ce même en métropole (triste tradition héritée du messalisme).

Les centaines de mechtas exterminées pour ne pas s'être joint au parti 'révolutionnaire' du moment, les indicateurs supposés ou réels torturés puis tués selon des méthodes indicibles au XXIeme siècle, et les chefs de famille agonisants égorgés et étouffés par leurs parties génitales, ne sont pas morts par la faute de la France, et ca, c'est aussi la vérité, une vérité qui devra aussi être dite avant ou avec toute prise en charge par la France du bilan de ses propres crimes en Algérie.

L'exagération du propos tue sa crédibilité
Soumis par Chti59, le 13/11/2011 à 00h29

Vous devez vous connecter pour poster ou signaler un commentaire.Le peuple algérien demande paraît-il à la France une repentance concernant les crimes qu'elle a commis durant la guerre d'Algérie. Cela me paraît une demande légitime. Encore faudrait-il que tout le monde soit d'accord sur la nature des crimes qui auraient été commis. Sur le fait que des militaires français ont torturé et exécuté sommairement les combattants du FN et autres prisonniers pendant cette guerre, tout le monde est d'accord.
Le problème, c'est que, quand je lis : « j'étais à Paris, il y a une semaine, et en passant devant la Seine, qui est pour les Parisiens à la veine de leur ville et pour les touristes, un romantique balade en bateau-mouche, je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux cadavres de CENTAINES d'Algériens massacrés cette nuit du 17 octobre 1961 ».
Cette fameuse nuit du 17 octobre, j'avais exactement 21 jours d'existence. Depuis, mon cerveau s'est un peu développé alors je me suis imaginé tous les touristes dont parle M. Mounir Boudjema, se promenant sur la de Seine ou dans leurs bateaux-mouches. Tous ces Américains, Anglais, Allemands, Italiens (je continue la liste ?) détournant le regard par solidarité avec notre belle république française pour ne pas voir tous ces cadavres flottants au gré des flots.
Je me suis également imaginé la presse internationale s'abstenant de parler de tous ces cadavres pour faire plaisir aux français massacreurs.
Je continue ?
Le problème, dans cette histoire de repentance, c'est aussi que l'Algérie est gouvernée depuis des dizaines d'années maintenant, par un gouvernement dictatorial qui a fondé toute sa légitimité sur la conquête de l'indépendance. Je m'abstiendrai de toute exagération par des propos du style : « les autorités algériennes et les islamistes ont tué beaucoup plus d'Algériens depuis l'indépendance que les Français ont pu le faire ». Je ne le dirai pas car les morts algériens depuis l'indépendance ne flottent pas sur un fleuve sillonné par des bateaux bondés de touristes de tous les pays et je ne veux pas jouer au rédacteur en chef.
De même, je ne m'abstiendrai d'évoquer d'éventuels massacres de civils européens durant cette guerre. On peut toujours se renvoyer des morts à la figure et épiloguer sur celui qui a commencé les atrocités le premier.
Mais qu'en tout cas on évite de me prendre pour un con avec des histoires de cadavres qui flottent par CENTAINES.

Démocratie Vs. Dictature : qui doit se repentir en premier ?
Soumis par tummyfr, le 09/12/2011 à 09h30

Bonjour,
Je réagis par rapport aux commentaires.
1/ l'Algérie n'a jamais été une démocratie donc attendre d'elle qu'elle reconnaisse les torts de la révolution est un peu utopie. Néanmoins, dans la presse algérienne nous rencontrons des articles qui parlent de ces évènements malheureux (je parle de tueries faites sur les algériens par les algériens.

2/ je dénonce l'hypocrisie française par rapport aux massacres (je répète le mot : MASSACRE) qu'a perpétrés la France (l'état je précise et ses appareils) sur le population algérienne lors des évènements de 8 mai 45. Officiellement, la France reconnait 5000 morts (en un moins), l'Algérie a gonflé les chiffres (45 000) et enfin les historiens situeraient le nombre de morts à 10 000 (voire 15 000 ) morts.
il faut préciser que ces tueries se sont déroulés sur un département !!!!! vous imaginez la concentration de morts !!!

Est-ce un MASSACRE cela ? Oui/NON :
Vous devez répondre à cette question car la FRANCE est une démocratie et qui vit cette démocratie depuis plus de deux siècles !!!!
Qui a ordonné
- la chasse à l'homme ?
- à jeter les hommes morts des ponts ?
- à bruler les gens dans des puits ?

3/ alors pourquoi parle-t-on alors des massacres qu'on entend ici et là. Ouradour par exemple. Jusqu’à présent on recherche les coupables.

4/ On ne peut pas mettre la pression à une dictature (algérienne) pour reconnaitre les torts de sa révolution si la démocratie (française) n'en fait pas autant et surtout en montrant l'exemple en premier.

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mise à jour 15/10/2011, 3 réactions (réagir)

 
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