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Ouganda: le fléau des fistules obstétricales ruine la vie de milliers de femmes

Il y a neuf ans, Anna Grace Amuko accouchait d'un enfant mort-né. Outre le traumatisme de la perte, le long et douloureux accouchement l'a laissée avec une lésion handicapante, qui a ruiné sa vie, comme des millions de femmes dans les pays pauvres. 

Elle souffre de fistule obstétricale, causée par un travail prolongé et difficile, parfois de plusieurs jours, sans intervention obstétrique.

Depuis, Anna Grace Amuko, incontinente chronique, est rejetée par ses proches.

"Tous les jours, je sens mauvais", confie-t-elle, sur un lit d'une unité surchargée de l'hôpital Mulago de Kampala.

"Ma famille n'est pas très contente, poursuit cette femme de 39 ans. J'ai un mari mais il dit qu'il est fatigué maintenant. Les gens ont peur de vivre avec moi. J'aime être toujours avec du monde, mais à cause de cela, je ne vais plus nulle part, même à l'église, même au marché. Cela me rend triste."

Dans les pays pauvres, des millions de femmes souffrent de fistules obstétricales, lésions internes qui entraînent la communication du vagin et de la vessie ou du rectum. En Afrique, elles sont des dizaines de milliers de plus tous les ans à conserver ces séquelles d'accouchements difficiles.

Quand la tête du bébé reste bloquée, faute de césarienne et d'accès à des services d'urgence, le travail peut se prolonger plusieurs jours. Les tissus maternels, comprimés, finissent par être nécrosés, entraînant la formation de trous ou de canaux: les fistules.

Les femmes qui en sont victimes souffrent alors d'incontinence urinaire, voire fécale.

Le docteur éthiopien Mulu Muleta, spécialiste de la fistule, le confirme: le cas d'Anna Grace Amuko est loin d'être isolé.

"Je me souviens d'une patiente qui ne voyait plus la lumière du jour", raconte-t-elle à l'AFP à l'occasion de la cinquième conférence mondiale de la société internationale des chirurgiens spécialistes de la fistule (ISOFS), organisée dans la capitale ougandaise.

"Elle restait assise dans une pièce, ne sortait plus parce que les enfants du voisinage lui jetaient des pierres. C'est sa mère qui s'occupait d'elle. On voit beaucoup de cas comme ça."

En Ethiopie, près de la moitié des femmes souffrant de fistule sont abandonnées, ajoute la spécialiste.

Mulu Muleta soigne des fistules depuis 25 ans. Mais la plupart des femmes souffrant de ces lésions ne savent pas qu'elles peuvent être réparées dans 90% des cas... quand les moyens sont à disposition, ce qui est loin d'être le cas en Afrique, où les centres de traitements se font rares.

L'ONG Waha, basée en France et spécialisée dans le traitement de ces séquelles post-accouchement, procède à quelque 600 opérations tous les ans dans trois centres éthiopiens. Une autre organisation, Hamlin Fistula, dispose de six établissements dans le pays.

En Ethiopie, les médecins opèrent les fistules depuis plus d'un demi-siècle. Au total, à la fin de l'année, plus de 27.000 femmes auront ainsi été soignées dans le pays.

Mais "ces soins sont relativement nouveaux en Ouganda comparés à l'Ethiopie", poursuit Mulu Muleta.

 

- Mettre l'accent sur la prévention -

 

Le nombre d'Ougandaises souffrant de fistule est estimé à plus de 200.000. Tous les ans, 1.900 cas sont recensés: approximativement le nombre de cas traités en 2013, selon un rapport du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), qui finance la majorité des opérations.

Le pays, où 16 femmes meurent tous les jours en couches selon les estimations, a désormais 23 chirurgiens capables de soigner les fistules et l'hôpital de Mulago est reconnu par la Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique comme l'un des neuf centres au monde capable de former à ces opérations.

Mais seulement quatre chirurgiens ougandais sont eux-mêmes suffisamment spécialisés pour former des collègues.

"Notre pays a très peu de docteurs", reconnaît Prossy Kyeswa, une sage-femme de l'hôpital de Mulago qui voit trente nouveaux cas de fistule par semaine.

Pour elle, ce nombre si élevé tient notamment au fait que "les femmes vivent dans des villages reculés" et, trop pauvres, ne peuvent pas toujours "venir à l'hôpital".

Pour Mulu Muleta, la priorité devrait pourtant être là: tout faire pour éviter, au départ, les cas de fistule.

Sur son lit d'hôpital, Anna Grace Amuko attend elle d'être opérée pour la cinquième fois. Aucune des quatre précédentes opérations n'a sur elle réussi. Mais elle reste confiante et rêve à une vie sans son handicap.

"Je serai heureuse", glisse, confiante, cette mère de trois enfants.

AFP

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