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Zimbabwe: lutte

"Quand mon heure sera venue, je vous le dirai!", a lancé récemment le président zimbabwéen Robert Mugabe qui, à 90 ans, arbitre dans la pure tradition autocratique une lutte à couteaux tirés pour sa succession avant le congrès de son parti la semaine prochaine.

Après avoir mis l'opposition K.O en 2013, la battant à plates coutures lors d'élections législatives et présidentielle contestées pour fraudes, le vieux chef d'Etat au triste bilan en matière de droits de l'homme a joué sa nouvelle carte: sa femme, Grace.

Cette ancienne dactylo de 49 ans, qu'il a épousée en 1996 quand elle avait 31 ans et lui 72, a été subitement promue présidente de la puissante ligue des femmes du parti. Sa désignation doit être entérinée lors du congrès qui se tient à partir de mercredi.

Cette promotion surprise a fait une victime, Joice Mujuru, 59 ans, vice-présidente du pays depuis 2004 et que M. Mugabe semblait destiner à la fonction suprême.

En quelques semaines, Mme Mujuru, ancienne compagne d'armes de la guerre d'indépendance et veuve d'un général décédé dans un incendie mystérieux en 2011, a été accusée de tout: incompétence, corruption, et même d'avoir comploté pour tuer le président. Ce dont elle s'est évidemment défendue.

Mme Mugabe a même été jusqu'à menacer de faire descendre ses partisans dans la rue pour la chasser.

Point d'orgue à cette bataille de dames, les médias d'Etat ont annoncé mercredi que Mme Mujuru serait exclue du prochain comité central du parti. 

Puis jeudi que les statuts du parti avaient été modifiés pour permettre au président Mugabe de nommer personnellement tous les membres du bureau politique.

"Tous les amendements (aux statuts de la ZANU-PF) ont été approuvés pour que le président Mugabe ait le pouvoir de nommer ses vice-présidents et son numéro trois pour éviter la création de multiples sources de pouvoir", selon le Herald.

 

- Grande purge -

 

Joice Mujuru semblait détenir les clés du parti depuis l'an dernier, avec une majorité de dirigeants provinciaux acquis à sa cause.

Elle n'est pas la seule à faire les frais de cette grande purge qui pourrait profiter à Emmerson Mangagwa, le ministre de la Justice, longtemps en charge de la police secrète et de l'armée, voire à Mme Mugabe elle-même, celle-ci laissant entendre qu'elle pourrait avoir été choisie par Robert Mugabe pour lui succéder.

"Nous assistons à quelque chose d'étrange à la ZANU-PF où tous ceux qui ont été dans la Lutte (pour l'indépendance) sont accusés d'essayer d'assassiner le président", a commenté mercredi Rugare Gumbo, lui-même suspendu du parti dont il était porte-parole.

"Mme Mujuru est comme la fille du président Mugabe. Comment pourrait-elle se mettre en tête de le tuer maintenant ? Elle ne connaît pas d'autre leader que le président Mugabe", a-t-il ajouté.

Deux députés ont également été écartés, dont un chef de file des vétérans de la lutte d'indépendance, exclu pour avoir refusé de rejoindre la délégation de Mme Mugabe dans sa tournée nationale pour préparer le congrès.

Cinq ministres ont aussi été mis hors course pour le comité central. Le ministre des Transports Nicholas Goche se voyant même accusé de comploter avec Mme Mujuru l'assassinat du président. 

"Les structures de la ZANU-PF sont décimées et la vraie ZANU-PF est marginalisée", s'est plaint M. Gumbo. 

"Regardez M. Goche. Il a été aux côtés du président et un pilier fort du parti. Et maintenant il est maltraité comme ça", a-t-il ajouté, citant le cas de cet affidé de toujours, qui fut notamment ministre de la Sécurité d'Etat par le passé.

Cette spectaculaire lutte pour le pouvoir intervient sur fond de délabrement de l'économie zimbabwéenne, sous perfusion chinoise alors que les investisseurs n'apprécient guère la politique d'indigénisation, le transfert de propriété économique à des Zimbabwéens noirs, parfois proches du pouvoir.

Et de nouveaux rebondissements ne sont pas à exclure avant, pendant et après le congrès. Seule certitude, ce congrès devrait confirmer M. Mugabe à la tête du mouvement.

 

AFP

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